
(Article publié sur le site de La Dépêche)
Toulouse ne serait pas vraiment Toulouse sans ses toulousaines. On les écrit en lettres minuscules, mais elles mériteraient une capitale. Ces maisons modestes, qui commencèrent à camper leur silhouette sympathique dans les faubourgs au XIXe siècle, sont un précieux témoignage de l’histoire de l’urbanisation toulousaine. Il suffit d’un regard un peu attentif pour rencontrer des toulousaines aux Minimes, à Bonnefoy, au Busca, à Saint-Agne, Saint-Cyprien, Fontaine Lestang…
Mais ce qui attira les occupants des toulousaines du XIXe siècle met justement ces petites maisons en péril. Toulouse reste une « mangeuse d’hommes ». L’urbanisation et la densification constante de l’habitat se soldent par la disparition progressive des toulousaines, croquées par des tractopelles de plus en plus gourmands. Dans les quartiers, on s’émeut de leur sort. Le secteur nord, à forte identité maraîchère, est particulièrement actif. Jean-Pierre Séran, président du comité de quartier de Borderouge, est devenu en quelque sorte « monsieur toulousaine ». Aucun dossier ne lui est étranger. Il demande que les toulousaines à protéger soient inscrites dans le PLU (Plan local d’urbanisme). Ce qui leur éviterait la démolition. Et de citer Bordeaux qui a su conserver ses échoppes.
Plus près du centre-ville, le constat est le même. « Au Busca, plusieurs toulousaines ont disparu au profit d’immeubles », déplore Bernard Auriol, président de l’association Les Petites Toulousaines et auteur d’un site internet fort bien documenté (www.les-petites-toulousaines.com)sur le sujet. Psychiatre, Bernard Auriol dénonce la politique de densification à outrance qui se solde par « des effets délétères sur la santé mentale et psychosomatique. Supprimer les toulousaines, c’est aussi supprimer tous ces petits poumons verts de la ville, une multitude d’alvéoles cachées. »
Au Capitole, Daniel Benyahia,
adjoint au maire en charge de l’urbanisme suit le dossier avec attention.
«La mairie ne laissera pas tomber les toulousaines, mais nous ne pouvons
pas tout protéger, explique-t-il. Nous sommes en plein travail de recensement.
»
A l’origine, une maison de paysan
La toulousaine était, à l’origine, la maison typique des paysans qui avaient immigré en ville au XIXe siècle, et travaillaient comme ouvriers, dans les manufactures ou la confection. Les néo-Toulousains de l’époque s’installèrent le long des nouveaux axes de circulation desservant les faubourgs. Qu’est-ce qui définit une toulousaine ? Il s’agit traditionnellement d’une maison sans étage – sinon on parle de « toulousaine à talons hauts » – faite majoritairement de briques, avec parfois une alternance de galets, dont le faîte du toit est parallèle à la façade. Elle est située en bordure de rue, et mitoyenne.
La toulousaine aime l’ordre : elle présente d’ordinaire un plan symétrique, avec un couloir central, par où passait la brouette avec le fumier du petit jardin potager situé à l’arrière de la maison, et une ou deux fenêtres de part et d’autre. La plus petite peut faire 4 mètres de façade, une vraie maison de poupée ! Certains éléments en ont disparu définitivement, comme la petite rigole qui permettait l’évacuation des eaux usées de la maison dans le caniveau, ou le décrottoir où racler la boue de ses semelles.
Sa porte et ses fenêtres sont souvent encadrées de briques saillantes. Mais surtout, la toulousaine peut se parer d’une antéfixe. Cette délicate frise de terre cuite courant en bordure de toit, si typique de l’architecture toulousaine, a été mise à la mode par Auguste Virebent au XIXe siècle. Autre caractéristique, les oculi, de terre cuite également, percés dans la façade, qui assuraient la conservation des légumes stockés dans le galetas, et la « climatisation » de la maison par la même occasion. Les toulousaines les plus modestes sont en brique enduite. Les plus luxueuses, comme on en trouve dans le secteur du Busca Montplaisir, présentent des façades en brique apparente ou en brique jaune, un décor plus fourni, un plan différent aussi, avec un sous-sol et une chambre de domestique aménagée dans les combles.
Au-delà de ces subtilités
typologiques, c’est d’abord aux Toulousains qu’il appartient
de bien traiter leurs toulousaines. La protection du patrimoine commence avant
tout par là !
Publié le 30/09/2010 17:02