Avec la densification, elles cèdent peu à peu la place aux immeubles.
Le Dr Auriol a créé un site et une association pour leur défense.

Il se bat pour sauvegarder les « Petites Toulousaines »

Michel Baglin

La Dépêche du Midi (27 Décembre 2007, Toulouse, p.23)

Bernard Auriol aime ces toulousaines qui lui parlent de son enfance mais surtout
d’un art de vivre dans un habitat traditionnel à taille humaine (Photo DDM, M.B.)

S’il comprend la nécessité d'accueillir de nouveaux arrivants, le Docteur Bernard Auriol, psychiatre, n'en a pas moins « le cœur froissé par la disparition des petites toulousaines. » Enfant de la Ville rose qui a grandi au Busca [quartier de Toulouse] où il a aujourd'hui son cabinet, il affectionne tout particulièrement ces petites demeures, au départ simples maisons de maraîchers adonnés à la culture des légumes ou spécialisés dans celle des violettes. Et c'est pour leur défense qu'il a créé d'abord un site internet (http://www.les­petites-toulousaines.com), puis une association qui compte aujourd'hui une trentaine d'adhérents partageant les même goûts et les mêmes inquiétudes.

Car le crève-coeur du Dr. Auriol est d'assister à la démolition de ses chères toulousaines face à la poussée immobilière.

Le soutien de gérard klein

« Je suis effaré, dit-il. Si quelqu'un veut vendre, il y a toujours un promoteur pour surenchérir. La densification, d'accord, mais dans les nouvelles ZAC. Pas dans les quartiers anciens où les petites maisons se retrouvent enclavées, écrasées, parfois privées de soleil, quand ce n'est pas sacrifiées.

Rien à voir avec les noyaux villageois dont on parle ! »

Sur le site, on découvre à la fois la singularité des « toulousaines » (voir encadré), mais aussi leur diversité, car ces petites maisons datant du XIX°siècle, parfois du XVIII°, ont été rénovées, parfois rehaussées, transformées par leurs propriétaires.

Caractéristiques de la toulousaine

Une « toulousaine» est une maison originellement sans étage, construite majoritairement en briques. et dont le faite du toit (à deux pentes) est parallèle à la façade. Elle compte en général quatre pièces avec un couloir traversant qui débouche, à l'arrière, sur un jardin (où l'on trouve parfois des dépendances ou une chartreuse). Au centre du couloir, courait autrefois une petite rigole charriant les eaux usées de la maison. La façade est symétrique le plus souvent. Encadrement de porte et fenêtres sont majoritairement en briques et saillants. La grande corniche (qui ne va pas jusqu'au coin des murs) supporte une antéfixe (frise décorative). L’attique est percé d'oculi avec cache en terre cuite ajourée qui assure la climatisation du galetas [et de toute la maison, NDLR].

Mais le plus souvent elles conservent le charme de la dimension humaine, celle que souligne le Dr Auriol. « Je les défends en tant que citoyen et non sans une certaine nostalgie. Mais aussi en tant que psychiatre. Parce que les êtres humains ne sont pas faits pour vivre entassés dans des clapiers [voir l’encart ci-dessous]. »

Et le docteur de rappeler que le logement influe largement sur le bien être des gens et leur santé mentale. La toulousaine est comme l'homme. Elle conserve ce lieu où l'on se retire, le jardin secret.»

Michel Baglin

Le lecteur doit rester ici conscient de l’aspect « journalistique » de ce texte qui condense la pensée de l’auteur dans un terme qui pourrait faire croire qu’il réprouve bêtement les immeubles.

Il est clair que ce serait là une caricature ridicule :

-     les immeubles peuvent être beaux jusqu’à obtenir un classement aux monuments historiques,

-     ils peuvent être conviviaux comme on le voit par exemple au cours des chaleureuses agapes qui permettent aux habitants de leur donner profondeur humaine en manifestent une volonté de solidarité souvent disparue des maisons plus modestes,

-     ils sont probablement indispensables pour permettre à tous d’être logés confortablement.

Encore faut-il que le promoteur et l’architecte soient soucieux de l’intimité des habitants et qu’on évite aux voisins du dessous le bruit des talons de la voisine du dessus ou les concerts à tue tête du voisin d’à côté !

Les constructeurs - malgré les besoins de densification souvent majorés par le souci d’éviter un étalement de la ville, qui a moins d’inconvénient qu’on ne le prétend - feraient bien de s’imaginer dans les locaux qu’ils conçoivent pour en majorer les avantages et en atténuer les inconvénients !

Gérard Klein à la rescousse

Bernard Auriol a obtenu l'appui de l'acteur Gérard Klein (« L’instit »),séduit par son action et qui est venu l'épauler dans sa lutte contre « une standardisation sans âme » de l'habitat. Car Gérard Klein est aussi producteur et l'on peut découvrir sur son site ( http://www.gerarklein.org ) à la rubrique « reportage », une vidéo de cinq minutes consacrée à l'association des « Petites Toulousaines ». On y voit notamment le Dr. Auriol présentant diverses maisons au gré des rues, en compagnie d'autres amateurs dont Michel et Colette Grau, qui répertorient, eux, les belles façades de Toulouse.

« L’association agit pour sauver les maisons traditionnelles avec leur petit jardin paré de violettes et promouvoir la culture qui leur est attachée », explique Gérard Klein.

Terrain en Zone Industrielle
4 Ha à vendre (près de Toulouse)

 

Une Rénovation originale


Non loin du conseil régional, d' Empalot et du Stadium, Guillaume a trouvé la toulousaine qu'il convoitait pour y vivre avec sa famille. Située dans une rue calme, elle côtoyait d'autres maisons du même type, bâties par des ouvriers qui travaillaient à la Poudrerie et qui avaient pour coutume de se donner de bons coups de main les uns aux autres pour limiter les frais. La maison de Guillaume a été rénovée et surélevée après guerre. Techniquement, la construction en briques et galets a recours à des fondations profondes, occasionnant des remontées d'humidité.

« j'ai tenté de faire un enduit à la chaux, mais ça ne séchait pas ; j'ai donc fait un doublage en cloisons de placoplâtre avec un espace d'air. Il faut adopter une bonne isolation phonique et thermique. »

 

Toulouse est une vaste péniche qui repose sur les genoux de la Garonne, comme le savent depuis toujours les toulousains ; c’est pourquoi ils évitaient généralement de construire des caves ou bien ne leur donnaient que le rôle humide qu’elles devaient avoir !

De grandes difficultés surgissent régulièrement quand on s’essaie à ignorer cette réalité : les bâtisseurs du métro l’ont éprouvé tout comme l’éprouveront – et plus encore – ceux qui favorisent la construction de parkings en sous sol des immeubles, y compris en zone inondable.

Beaucoup de ces maisons disposaient en arrière d'un jardin potager, avec des remises, un poulailler, un atelier parfois. Le confort des premières toulousaines était « spartiate » : toilettes au fond du jardin.

Le chantier est presque achevé et la famille de Guillaume va disposer d'une belle habitation en « U » entourant un vaste jardin. C'est une rénovation écologique faisant appel à des toilettes sèches et à des capteurs solaires thermiques invisibles de la rue.

P. E.

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15 Février 2008