in « Midi toulousain et pyrénéen, collection "L'architecture rurale française, corpus des genres, des types et des variantes, Musée national des arts et traditions populaires" », Berger-Levrault, 1979.
Les textes et figures issues de cet ouvrage sont publiées ici avec l'aimable autorisation des ayants droit de Claude RIVALS
Encore aujourd'hui, il est possible de reconnaître, dans la ville même ou dans ses faubourgs, de vieux noyaux d'habitat conforme aux modèles traditionnels. II ne faut pas s'en étonner, la croissance urbaine s'étant faite par à‑coups, par éclatements périodiques de la coquille antérieure: mur romain, « mur de Toulouse », ceinture du canal du Midi, mur symbolique de l'octroi, rocades modernes. II subsiste d'ailleurs, en ville même, de nombreux jardins potagers et cours; quelques exploitations agricoles.
Toulouse marie le rose de sa brique au vert de ses jardins et, récemment encore, de ses vignes: urbanité et ruralité. Cette qualification ambiguë qui fut longtemps celle des faubourgs ne convient plus aujourd'hui qu'à l'espace suburbain des banlieues.
Mais, qu'il s'agisse des petites maisons urbaines, des maisons des faubourgs ou de la banlieue, le noyau élémentaire reste le même, inchangé:
les traits de la façade sont, une fois pour toutes fixés: une porte et, de part et d'autre, une ou deux fenêtres; au-dessus l'horizontale est marquée par un cordon de briques, rappelée un peu plus haut par la corniche du toit. Dans cet étroit registre s'ouvrent, selon le rythme des ouvertures inférieures, des oculus décorés le plus souvent de motifs de terre cuite.
Cette ordonnance de la façade livre la structure intérieure, ordonnée de part et d'autre du couloir (planche 4). II y a de fortes chances pour que ce soit là le modèle urbain élémentaire: nous avons recherché dans un secteur longtemps abandonné de la banlieue proche des modèles plus frustes, guidé par ce bon indice graphique que constitue la grille des ouvertures de façade: le couloir est presque partout présent; placé parfois sur le côté, il conduit à la pièce commune par une porte latérale ménagé dans une cloison et, par le fond à des réduits placés sous le même toit .
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La cheminée situe infailliblement la pièce commune.
Recherchant ces modèles élémentaires, on souhaitait atteindre le fruste, le simple, le plus bas niveau social, l'exploitation familiale démographiquement et économiquement la plus réduite et on supposait que l'on tiendrait là le modèle irréductible, le schéma de base. L'hypothèse était fondée: une fois identifié, ce noyau se retrouve, variant simplement de surface et de volume avec l'exploitation et la famille, dans toute une zone bien délimitable. Si quelques maisons toulousaines sont repérables, semées çà et là dans les campagnes, dans les villages près d'eux, jusqu'à Rieumes, Martres-Tolosane, Lézat, Albi, Saint-Gaudens, Les Minimes, etc., il ne s'agit que d'exemplaires isolés, ou groupés en nombre d'autant plus petit qu'on est plus éloigné de la zone toulousaine que nous considérons comme le foyer central.
La maison toulousaine constitue au nord de Toulouse le type d'habitation quasi exclusif, avec la constellation de ses variantes. Elle est caractéristique de la bande de terre entre Garonne et Hers ' longtemps nommée' «Grande Lande », terminologie que perpétue le village de Lalande.
Cette vaste étendue plate et.morne était souvent recouverte . par les inondations de la Garonne mêlant ses eaux à celles des divagations de l'Hers; le sol, de cailloux et de sable était à peu près stérile, tantôt desséché, tantôt boueux, où les mauvais chemins s'embourbaient- dans des fondrières [1]
La toponymie évoque bien cette vaste friche, aux prés médiocres, parfois boisée, ou marécageuse; c'était le terrain vague où pouvaient paître les animaux des boucheries de Toulouse avant l'abattage; non loin de la porte Arnaud-Bernard, une place du faubourg des Minimes garde le nom de «marché aux cochons»; c'était aussi le lieu de quelques auberges et le domaine d'élection du brigandage malgré la potence proche ("la Salade"). «Comme d'ordinaire, afin d'attirer la population dans ce lieu pratiquement désert, et par suite, le transformer pour le bien de tous, la Grande Lande est incluse dans la «Sauveté» de Toulouse par le comte Raymond VI en 1195,jusqu'à Lalande et Aucamville au nord et Croix-Daurade et la vallée de l'Hers à l'est. Ces territoires feront désormais partie du Gardiage de Toulouse, étendue soumise au pouvoir des Capitouls. En 1222 la Sauveté est encore étendue jusqu'à Bruguières, recouvrant ainsi la totalité de la Grande Lande.
Dans les sauvetés,. les habitants étaient privilégiés, exempts de certains impôts, tout comme un peu plus tard ceux des bastides (le mouvement des sauvetés, au Xlle siècle, avait eu aussi pour but la mise en valeur et le peuplement, la «colonisation» des campagnes... mais son efficacité resta discontinue, sporadique).
Dans le quartier qui nous intéresse, vers la fin du Xe siècle, des religieux cultivaient un peu le sol de leur enclos autour de la chapelle SaintQuentin, première tentative de défrichement. Ce n'est qu'au XIVe siècle que la chapelle reconstruite prend le nom de Saint-Roch; en 1503 un couvent de Minimes (confrérie franciscaine qui devait donner son nom au lieu) s'y installa, occupant quelque 25 hectares. Les moines entreprennent alors le défrichement intensif des terres incultes de la Grande Lande, effort qui se perpétue au XVlle siècle. Le sol, jusqu'alors si ingrat est labouré à la bêche, soigneusement épierré, sans cesse amendé (fumiers des animaux, colombine des pigeonniers et poulaillers) et irrigué par des norias ou puits à roue.
La mise en valeur de cette bande de terre entre deux rivières devient rapidement une fertile Mésopotamie qui s'adonne aux cultures maraîchères et, depuis le milieu du XIXe siècle, florales (violette de Toulouse) et dont l'essor est évidemment lié à la croissance urbaine de Toulouse des XVIe et XIXe siècles. A partir des années 1500 commence la conquête pacifique de ces terres vierges. II se peut que l'habitat, de plus en plus dense, ait emprunté quelques traits à l'habitat toulousain d'alors, mais, autant qu'on puisse en juger aujourd'hui, il ne s'agit ni d'une occupation spontanée du sol, ni d'une construction spontanée de l'habitation, mais bien plutôt, dans les deux cas, d'une occupation réglée.
L'examen d'une carte au 1 /50 000 du nord de Toulouse permet de repérer les axes de cette colonisation agricole: ils forment un faisceau divergent: ce sont les routes de Fronton, de Pechbonnieu; entre eux est tissé un réseau de chemins longitudinaux et transversaux. Hors de ce tissu conjonctif, plus tard conquis, les plans cadastraux d'Aucamville, de Launaguet, etc. présentent la cartographie si particulière du « rang canadien». Les maisons alignent leurs pignons avec plus ou moins de régularité le long de ces axes grossièrement orientés vers le nord, leurs façades s'ouvrent au sud vers l'exploitation du jardin. II est rare que la maison s'éloigne de la route ou qu'elle tourne sa façade vers le chemin, comme aimantée par lui. Nous verrons que la règle générale est autre.
La maison toulousaine typique, telle que nous la décrivons, représente le stade terminal, achevé. En fait, chaque maison a son histoire qu'on peut lire sur les façades, en examinant les enduits plus ou moins bien liés. Le dos de la maison livre plus rapidement les étapes de la construction. Le modèle élémentaire comprend plusieurs variantes qui correspondent soit à l'ancienneté de la maison, soit au projet et aux moyens économiques de la famille qui l'a construite.
1. La maison de Croix‑Bénite (MT 01), à Aucamville, a une histoire intéressante; selon la première enquête, les grands-parents avaient construit pour commencer une petite maison en terre qui n'avait qu'une seule pièce (la chambre de gauche actuelle) et un petit hangar à sa suite. Peu à peu, ils s'étaient agrandis, avaient construit une autre chambre, le hangar avec l'écurie dans le fond (cuisine actuelle), un débarras (salle à manger actuelle), la cave, le chai et la remise. Cette dernière abritait la voiture qui servait à porter les légumes au marché de Toulouse.
2. La maison de Lalande (MT 02) a une histoire assez semblable; selon la même source, cette maison figurait déjà sur le cadastre de 1819; elle n'était alors composée que de l'habitation et du hangar. La partie écurie, débarras, cave, a été ajoutée par la suite (ses murs sont de moindre épaisseur et de section rectangulaire). Elle abritait le propriétaire et sa famille…
Ainsi la cellule originelle simple, ou déjà complexe, s'étoffe‑t‑elle avec le travail des générations. Extensions et annexes s'ordonnent ici de deux manières qui, nous le verrons, ne sont pas exclusives l'une de l'autre
a. la première extension du noyau élémentaire consiste à se conformer dès que possible au canon toulousain: couloir axial, deux pièces symétriques. C'est souvent la structure de départ. A la symétrie de la façade (ff P ff) en longueur répond la symétrie du pignon. Toiture à deux versants de même pente et couverts en tuile canal. II y a certainement des raisons technologiques à cette structure de base, l'espace minimum étant imposé par la relative médiocrité des bois de charpente: 5 mètres constituent la longueur maximum, laissant un peu plus de 4 m de portée entre les murs épais (0,70 m environ) originellement en terre.
b. l'extension démographique et économique de l'exploitation peut conduire à l'aménagement d'annexes.
1. Sacrifiant la symétrie du pignon, l'arrière de la maison se diversifie: chai, cave, remise... Le mur de la façade postérieure devient alors, malgré son épaisseur, mur de refend, et le rampant du toit se prolonge jusqu'au mur de soutien nouvellement construit, parfois aveugle, annexant ainsi un nouvel espace de 4 mètres environ, ce qui augmente très sensiblement la surface au sol. Apparaît alors, vers la rue, une fenêtre de pignon, décentrée, sous le long versant postérieur du toit, tandis que, côté jardin, s'ouvre une porte;
2. la symétrie de façade peut être sacrifiée: c'est la cas de nombreuses maisons maraîchères dont l'extension en largeur était impossible. Le toit reste alors symétrique comme à l'origine, mais la maison s'allonge par une série de remises dont certaines sont bâties en dur et d'autres fermées en planches. On identifie aisément les fonctions de ces annexes juxtaposées: nettoyage et préparation des légumes pour le marché;
3. les deux modifications dissymétriques peuvent se combiner et même recréer une symétrie de façade nouvelle, cas assez fréquent (MT 01). La maison s'encadre alors de deux grandes portes cochères (C) qui montrent assez, à la fois, l'importance accordée aux transports liée évidemment à celle des récoltes, et le souci d'une recherche esthétique dans ce nouvel équilibre, un degré architectural et social au-dessus (C ff P ff C).

Petite toulousaine, maison familiale des Rivals
Pour vous changer les idées, lisez de Pierre Salies : La Reine Pédauque, Archistra, pp. 105-120, 158, Avril 1997.
© Copyright Bernard AURIOL (email = auriol @ free . fr)
dernière mise à jour le
25 Juin 2005[1] Cf. Roger Camboulives, « La Grande Lande », série de quatre articles dans Lo Revelh d'Oc (n° 8 et 9, hiver‑printemps 1974), mairie de Balma. L'auteur énumère les noms de Lalande, Les Sables, Caillou‑Gris, rue des Prés, Prat‑Long, Sept‑Deniers, Grand‑Selve, Negreneys (= mare noire dans l’occitan d'une charte de 1184), les Brugues et Bruguières (= bruyère), Lespinasse, Ginestous, Castelginest (épines, genêts). Ajoutons‑y Fenouillet (de foin, fenil plutôt que fenouil), mais ne nous laissons pas séduire par le nom du quartier de la Salade, encore maraîcher: là s'élevait la potence où l'on pendait les brigands, à l'entrée de la ville, la salade désigne à la fois le lieu et l'instrument du supplice.