Délibération du Conseil Municipal au sujet des travaux à entreprendre pour parer aux inondations par la Garonne

 

Bulletin Municipal de la Ville de Toulouse, 1949 p.566-571

 

p. 568

 

M. Saint- Antonin.

- Personnellement, je serais assez d'accord avec Mr. Maleville; d'autant plus d'accord que je me suis fait moi- même le partisan de la proposition qu'il suggère, à savoir un canal au- dessus du niveau de l’eau qui serait établi à l'extérieur de Saint- Cyprien, et très largement à l'extérieur, non pas en creusant, mais en construisant, en faisant des levées de terre ou n’importe quoi. C'est un système qu'il convient d'examiner.

 

Ce n'est pas de notre compétence. C'est du domaine de l'architecture, et même plus que de l'architecture cela relève d'un domaine extrêmement éloigné.

 

Mais il faut bien se rendre compte que, quels que. soient les travaux que l'on établira dans la Garonne, dans l'état actuel du lit du fleuve, on ne permettra jamais qu'un débit suffisant se produise dans ce conduit en période de crue poussée. On nous cite - je suis d'accord avec M. Maleville - la crue de 1875;

 

C’est très bien. Si la crue de 1875 se reproduit, nous dit- on, il n'est pas douteux qu'avec le développement de certains quartiers : Saint- Roch, les Sept- Deniers, etc., nous aurons une inondation prodigieuse qui affec­tera la population beaucoup plus encore qu'elle n'a été affectée en 1875, d'autant plus que nous serions moins résistants à la pression des eaux que nous l'étions en 1875, parce que le lit du fleuve était moins encom­bré et pour diverses autres raisons.

 

On nous cite 1875 comme plafond. Or, il y a mieux ! Je me permets, Mesdames, Messieurs, de vous rappeler qu'il y a beaucoup mieux en l'occurrence. Il vous suffit de vous transporter à l'église Saint- Nicolas; vous verrez que l'inondation de 1723, qui a atteint la voûte de l'église Saint- Nicolas, noie très largement les parties inondées par la crue de 1875 elle-même, et tous les quartiers que vous pouvez imaginer jusqu'à mi- hauteur des quais de la Garonne.

 

Essayer de faire rentrer l'inon­dation de 1875 dans les conduits actuels de la Garonne est une plaisanterie, parce que la Garonne peut, en l'es­pace de trois ou quatre heures, fournir, au mois de juin ou au mois d'avril, une accumulation d'eau qui submer­gera tout ce que vous aurez prévu pour résister aux inondations de 1875.

 

Les travaux, qui seront de l'ordre de 4 à 5 milliards, sont prévus pour parer à l'inondation de 1875. Je vous ai déjà dit que nous avions eu, dans l'histoire, des inondations deux et même trois fois plus considérables encore. On va dépenser 4 ou 5 milliards ; je veux bien ; seulement, ce que je trouverais bon, c'est que l'on pré­voie non pas un plan destiné à faire dépenser un nom­bre important de milliards, mais un plan à longue échéance, quitte à ce que les travaux durent cent ans, deux cents ans. On a mis, cent ans pour construire le Pont- Neuf, d'accord, Monsieur Caffort. il y a trois cents ans que le Pont- Neuf est construit, et il tient encore. Si nous construisons des barrages en trois ans, les premières inondations les emporteront.

 

Voilà de la réalité, voilà du vrai. Il ne s'agit pas de faire du sentiment, en l’occurrence; il ne s'agit pas de dépenser cent millions, nous ne pouvons pas dépenser cent millions; il ne s'agit pas de dépenser un milliard, nous ne pouvons pas dépenser non plus un milliard. Mais je voudrais, Mesdames, Messieurs, attirer votre at­tention sur un fait. Si nous adoptons la délibération qu'on nous propose, ce que nous adoptons intervient en très peu de chose dans la protection de la Ville contre les inondations, mais nous la protégeons au moins un peu en faisant par exemple, un certain barrage. Nous ne sommes pas en état de protéger la ville contre les inondations, il faut constater les faits : la  Garonne peut submerger les deux tiers de la Ville s’il lui plaît; nous ne pouvons pas résister, à moins de dépenser une quinzaine de milliards. Ce que l’on nous propose permet de protéger certains quartiers, de progresser, de faire quelque chose de réel, de faire des digues, etc., qui protégeront effectivement la Ville qui, amélioreront sa situation face aux inondations. C'est pourquoi, Messieurs, je vous propose d'adopter la délibération, non pas dans l'esprit de protéger la Ville complètement, mais enfin d'atténuer le mal, sans Plus.

 

M. Duclos. - Je voudrais simplement poser une question, Monsieur à Monsieur le Maire, concernant le financement. Est- ce que vous pensez pouvoir réaliser un em­prunt de 800 millions, qui représente à peu près le sixième des 4 milliards dont nous avons besoin ?

 

 

M. le Maire. – Monsieur Duclos, la question ne se pose pas comme cela, car le rempiètement des piles du Pont- Neuf a commencé en 1937 pour finir en 1949. Ce qui fait que, chaque année, on a emprunté une partie seulement des crédits nécessaires pour payer le rempiétement des piles du Pont-Neuf. Je suppose que pour faire un programme de 4 milliards, il faudra un cer­tain nombre d'années. Les 800 millions que nous aurions â emprunter seraient répartis sur dix ans, sur vingt ans, nous ne le savons pas encore. Si bien que ça ne serait plus 800 millions qu'il y aurait à emprunter en une seule fois, mais chaque année 80 ou 40 millions­ - ce qui me paraît dans l'ordre des choses possibles.

 

M. Duclos. - Je souhaite simplement que la crue ne se produise pas avant quinze ou vingt ans.

 

M. le Maire. - De toute façon, même si nous empruntions 800 millions aujourd'hui, on ne ferait pas 4 milliards de travaux en trois semaines, ni même en trois ans. Je pense alors que cette question n'est pas, absolument impérative.

 

M. Sicard. - C'est loin de l'être.

 

M. Germa. - En ce qui nous concerne, nous avons réfléchi sur le projet qui nous a été présenté par M. Champsaur; nous sommes d'accord pour faire quelque chose. Nous sommes pleinement d'accord, d'ailleurs, avec ce projet. Si je me souviens bien, certes, le projet de M. Champsaur, même s'il y avait une crue de l'importance de celle de 1875, n'éviterait pas aux' quartiers de Saint- Cyprïen d'avoir un peu d'eau. Mais ce que l'on veut éviter surtout c'est que la crue cause des dégâts. Et il est évident, comme certains de nos collègues l'ont indiqué tout à l'heure, que si l'on ne fait, absolument rien du tout, et si l'on ne fait jamais rien et qu'il arrive une crue, même de l'importance de celle de 1875, il y aura de gros dégâts à Toulouse, et ce ne seront pas seulement des dégâts matériels, mais nous aurons certainement à déplorer beaucoup .de morts.

 

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MAJ 17 Novembre 2010