Directeur de mémoire: Evelyne BOUTEYRE.
UNIVERSITE
PARIS V - RENÉ DESCARTES, INSTITUT DE PSYCHOLOGIE
Mémoire de
maîtrise de psychopathologie (2001/2002)
DEUXIEME
PARTIE : LA RECHERCHE
I.
Point sur les recherches concernant le
logement.
Les
recherches qui sont faites autour du logement sont souvent en lien
àl'environnement de celui- ci et sa nocivité sur l'homme. Ces recherches
sont donc essentiellement du ressort de la psychologie sociale et non de la
psychopathologie. L'intérêt des recherches en psychosociale réside
principalement dans l'apport de données concernant la complexité du système
environnement- logement- individu et que nous ne retrouvons pas dans
les recherches issues de la psychopathologie. Puisque ces dernières reposent
essentiellement sur le logement et son rapport à l'identité.
Nous allons
dans un premier temps aborder succinctement les recherches sur les facteurs
d'influence du cadre de vie, les pollutions sonores, la surcharge
environnementale et la densité. Puis nous rendrons compte de l'état des
recherches dans le domaine de la psychopathologie, c'est- à- dire le
rapport entre l'individu, le logement et son identité.
Les
facteurs d'influence du cadre de vie.
Les
facteurs d'influence sont appelés ainsi parcequ'ils représentent ce qui peut
être en cause dans les effets du cadre de vie sur la santé mentale. Ils sont de
natures diverses : la pollution, le bruit, l'entassement... Ils peuvent être
aussi d'ordre architectural : l'homme qui fait l'environnement (l'architecte)
et l'homme qui le subit sont implicitement classés dans des catégories sociales
différentes, ce qui peut engendrer une dissociation entre ce que l'un veut
représenter et ce que l'autre peut en attendre. On peut en déduire que
l'investissement personnel de l'individu dans son habitat va s'en retrouver
altéré.
Une étude
menée par Levy- Leboyer (1980) sur les effets du cadre de vie, stress liés
aux pollutions (les bruits, le manque d'espace, d'autonomie), met en évidence
qu'elles compromettent le libre fonctionnement des fonctions psychologiques ou
forcent à des conduites d'adaptation qui perturbent l'équilibre individuel. Il
ajoute que < ce n'est pas parce que l'environnement est jugé adéquat par les
hommes qui y vivent qu'il n'y a pas sur eux d'effets nuisibles à court ou à
long terme ». Il n'y a pas d'environnement idéal, ni de cadre de vie dont les
effets soient constants. La culture collective, les expériences individuelles
jouent le rôle de variables très diversifiées.
Plusieurs
études ont été menées afin de mettre en évidence la subjectivité de la
perception de l'environnement : une étude de Bernett en 1972, a tenté de
vérifier expérimentalement la manière dont la couleur d'une pièce peut
influencer le sentiment de confort chez ses habitants. Le résultat principal a
révélé qu'il existe une association intellectuelle entre les couleurs et la
chaleur d'une pièce. Une autre étude, menée par Wools et Canter en 1970, a
cherché ce qui contribue à créer l'impression qu'une pièce est « amicale ». Les
résultats ont trouvé que le mobilier est un facteur important, suivi en
deuxième, du facteur de la pente du plafond. Ce type de recherche indique bien
que les concepts qui permettent de décrire le monde physique ne suffisent pas
pour définir l'environnement d'un point de vue psychologique. Selon Claude Levy- Leboyer
dans Psychologie et environnement, il y a deux raisons qui peuvent expliquer
cela. Dans un premier temps, il souligne le fait que les notions physiques ne
correspondent pas aux notions psychologiques. Puis, dans un second temps, que
les concepts physiques n'épuisent pas la réalité psychologique de
l'environnement puisqu'ils ne rendent pas compte d'impressions comme la
chaleur, l'intimité, l'unité, l'originalité de l'environnement. D'autres études
ont porté sur la satisfaction et le cadre de vie. Une façon d'appréhender ce
problème est d'évaluer la satisfaction des utilisateurs par rapport aux
objectifs poursuivis lorsqu'on aménage l'environnement.
Claude Levy- Leboyer
s'est aperçu que, pour répondre aux deux questions précédentes concernant les
dimensions psychologiques de la perception et de l'évaluation de
l'environnement, il faut avoir des informations sur un aspect qui sont les
besoins de l'individu face à l'environnement. Une vaste enquête de 1500
questionnaires a donc été entreprise afin de répondre à cette lacune
expérimentale. Le résultat de la pré- enquête a retenu sept besoins
indépendants et identifiables, et l'enquête qui s'en est suivie a confirmé
certains de ces résultats.
Nous
n'allons pas nous étendre sur ces données qui sont issues de la psychologie
sociale, mais ils apportent des éléments important quant à la compréhension des
difficultés liées à l'étude de l'influence de l'environnement sur l'individu.
En effet, les facteurs d'influence que nous avons évoqués participent à la
compréhension des incidences que peut engendrer l'environnement sur la santé
mentale de l'individu. Ils sous- tendent l'existence de différences inter- individuelles
qui font que chaque personne est unique dans ses réactions face à
l'environnement, elles sont de l'ordre de la subjectivité.
La
surcharge environnementale.
< La vie
en ville est source de déséquilibre psychologique parceque l'excès
d'informations force l'individu à se protéger en filtrant les stimulus ou en
évitant les contacts sociaux ». Cette définition de Simmel, sociologue, semble
la plus proche de la notion de surcharge environnementale. La surcharge de stimulus
contraint l'individu à élaborer des stratégies d'adaptation.
Milgram, en
1970, décrit six mécanismes d'adaptations qui se situent simultanément au
niveau cognitif (focalisation de l'attention et tri de l'information) et au
niveau social et affectif (évitement des relations interpersonnelles,
diminution de la charge affective dans ses relations). On peut retenir de ces
mécanismes d'adaptation que : les informations non prioritaires sont ignorées,
on n'enregistre que ce qui est utile ; que les divers procédés soient utilisés
pour arrêter les inputs non souhaités (froideur qui décourage l'interlocuteur
éventuel...) ; que l'intensité des stimulus est réduite par la protection
physique et affective ; qu'il existe des institutions destinées à prendre en compte
la surcharge sociale que les individus n'absorbent plus (SOS téléphoniques...).
L'ensemble de ces processus de défense entraîne trois conséquences sociales :
diminution du sentiment de responsabilité sociale, diminution de la courtoisie
dans les relations interpersonnelles, et l'anonymat devient la règle.
Ce que
décrit Milgram, c'est un ensemble de réactions liées au facteur d'influence de
la surcharge environnementale. Sa conclusion est que l'individu, pour fuir
cette surcharge environnementale, se retire de la sphère sociale. Ceci génère
alors le sentiment d'être seul et donc peut provoquer chez lui une sorte de
violence liée à cet anonymat (diminution du sentiment de responsabilité
sociale).
La
déduction des propos de Milgram nous conduit à penser que la surcharge
environnementale peut avoir des conséquences sur le repli social de l'individu
dans son habitat, et de ce fait, renforcer cette toute puissance du territoire
intime et le conduire àadopter des comportements pathologiques.
-
La densité.
La notion
de densité urbaine est imprécise, ainsi, Zlutnick et Altman proposent de la
décomposer en deux aspects : la densité intérieure (nombre de personne par
pièce), et la densité extérieure (nombre de personne par unité de surface
urbaine). Le rapport entre ces deux densités varie selon la localisation.
Un groupe
de recherche sur le comportement des citadins montre que les conditions
environnementales déterminent un style de vie qui, à son tour, détermine la
qualité et la nature des représentations environnementales. On peut se demander
si ce n'est pas le nombre et l'intensité des stimulus qui représentent la
variable stressante responsable des conduites inciviles ou agressives. La
nocivité de la densité et la tolérance à la foule sont différentes selon qu'il
s'agit de manque d'espace ou d'intrusion ou de rationnement des ressources
essentielles, d'environnement primaire (ou s'exerce l'activité principale) ou
secondaire (transitoire) et anonyme (moyens de transport, cinéma, magasins,
...).
Altman
(1975) refuse toutes affirmations générales sur les effets psychosociaux de la
densité. Il est certain que des conditions environnementales caractérisées par
le surnombre d'individus dans un espace limité exigent des conduites
d'adaptation spécifique. Mais le type d'adaptation et les chances de succès de
cette adaptation sont fonction de facteurs très nombreux.
-
Le bruit.
Une étude
expérimentale de Levy- Leboyer (1976) a montré qu'il existe deux faits
contradictoires observés dans l'analyse de la répartition des gênes
occasionnées par le bruit. Le premier fait est que la corrélation entre les
gênes exprimées par les individus et les mesures physiques du bruit à un même
moment est toujours faible. Et le second fait, c'est que la comparaison des
moyennes des gènes exprimées par des groupes de sujets placés dans des
situations diversement exposées au bruit, révèle des différences significatives
et cohérentes plus le bruit est fort, plus la moyenne des gènes exprimées est
élevée.
Cette
apparente contradiction s'explique par la très forte variance des gènes
exprimées. On peut penser que lorsqu'un individu affirme ou nie être gêné, il
synthétise quatre opinions distinctes : une attitude vis- à- vis du
fait même d'exprimer ses gênes et ses difficultés ; une évaluation globale de
l'environnement dans lequel il vit (exemple s'il est satisfait de son logement,
il sous- estimera la gêne que lui cause le bruit) ; la comparaison du
bruit réel avec ce qu'il s'attendait à entendre (exemple de la campagne à la
ville, il accepte àl'avance les changements) ; enfin, en affirmant sa gêne,
l'individu juge le bruit selon ses critères personnels et sur plusieurs
dimensions.
Cette étude
sur l'évaluation des gênes occasionnées par le bruit a mis en évidence
l'existence de très grandes variations interindividuelles dans les réponses.
Ceci montre que l'impact du bruit sur les individus est variable selon la
subjectivité de la personne et non de l'intensité du bruit.
D'après ces
recherches, nous pouvons déduire que les facteurs environnementaux ont un
impact certain sur l'individu. Ces études ont permis de mieux cerner les
facteurs responsables du repli social (surcharge environnementale), et
participent également àl'observation d'un constat : les facteurs
environnementaux, à effets comparables, ont un impact variable sur l'individu,
selon sa subjectivité et non selon l'intensité des stimulus.
B .
Recherches en psychopathologie.
En
psychopathologie, très peu de recherches ont été faites sur le logement. Celle
dont nous allons parler est basée sur la relation entre l'individu et
l'aménagement de son intérieur, en proposant de le considérer comme reflet de
son identité.
Nous allons
nous intéresser plus particulièrement aux travaux de Monique Eleb- Vidal
dont elle fait référence dans son article "Le logement et la construction
de l'identité". Cet article résume un chapitre de sa thèse de doctorat
(1980) "Se construire et habiter. Proposition d'analyse psychosociale
clinique". L'hypothèse principale est que l'espace dans lequel on vit est
parti prenant dans un processus de construction de son identité. Elle y aborde
la notion d'identité de façon à nous éclairer sur l'importance de lieu de vie
intime dans la stabilisation de l'identité dans la mesure où il fournit à
l'habitant des repères stables. Son terrain de recherche a été une tour d'un
grand ensemble de la région parisienne et les plans des logements étudiés
étaient organisés à l'identique, à quelques détails près... Elle y a questionné
tous les habitants issus de la classe moyenne selon les critères de l'INSEE.
Les
résultats de sa recherche ont abouti à la déduction de plusieurs points qui
permettent de nous éclairer sur les relations existantes entre le logement et
la construction identitaire. Elle a observé, dans un premier temps, une
"mise en adéquation" de l'identité et du logement, elle analyse cette
activité d'aménagement comme un travail de définition de soimême, la quête
d'un sens et d'une identité. "Le travail de stabilisation de sa propre
identité peut aussi se faire dans une situation où ce n'est plus le sujet
seulement qui cherche à s'unifier ce travail lui devient nécessaire car il se
sent dévalorisé par les autres, de n'être pas défini àleurs yeux". D'autre
part, le logement est, outre une protection contre l'extérieur, un lieu qui réconforte
par sa permanence et la possibilité de s'y reconnaître. Par ailleurs, l'auteur
a repéré chez certaine personne un apragmatisme lié à l'aménagement ou à la
transformation du logement, il semble que cet apragmatisme soit lié à des
interrogations relatives à leur propre identité. C'est probablement un
processus défensif qui est mis en place pour éviter de voir en lui- même
la source de ses difficultés. Eleb- Vidal constate également que le
logement, permanent et changeant en même temps, permet aux individus de
"devenir". Ce qui signifie que l'individu et son logement ont en
commun d'être liés au temps, et de ce fait, crée un processus d'enracinement.
"Au travers des changements de la personne et du logement, l'attachement
naît". Elle conclu dans cet article que, "les relations au lieu de
vie se rapportent, en premier lieu, au problème de l'adaptation du sujet à son
entourage", et insiste également sur la nécessité d'une activité créatrice
dans le logement.
La méthode
d'analyse utilisée pour cette étude est très intéressante, puisqu'elle inclue
simultanément une dimension psychologique, sociologique, et adopte une conduite
"clinique" des entretiens. Par ailleurs, l'auteur a pu constater
grâce à cette méthode d'analyse, que les habitants remettaient en jeu leur
histoire individuelle en même temps qu'ils transformaient ou aménageaient leur
logement.
Ce point
sur les recherches en psychologie sociale et en psychopathologie nous donne une
idée de la difficulté que peut représenter une recherche sur "l'impact du
voisinage sur la santé mentale". Il y a en effet plusieurs facteurs
concomitants, et toute la difficulté est de trouver des liens entre les
problèmes sociaux et environnementaux, les processus identitaires et la
relation que l'individu peut entretenir avec son voisinage.
II.
Méthodologie de la recherche.
Dans un
premier temps, nous décrirons l'objectif de cette recherche, ses hypothèses, la
répartition de l'échantillon, ainsi que les outils utilisés et leur utilité.
Puis dans un second temps, nous décrirons les résultats bruts de chaque
questionnaire et les analyserons.
A. Objectif et
hypothèse de la recherche.
L'objectif
de cette recherche est de comprendre les liens pouvant unir le logement, les
relations de voisinage et la santé mentale.
On sait
maintenant que le logement permet à l'individu de se positionner comme
différent des autres en utilisant cet espace intime comme barrière entre lui et
autrui. Cette frontière est importante aussi bien dans les relations
interpersonnelles qu'au sein de la famille même. L'intimité est également un
facteur essentiel de la mentalisation de son intériorité et donc, préserver son
intimité c'est garantir son intégrité psychique et corporelle. On peut dire
qu'elle a un rôle d'enveloppe protectrice.
Si nous
prenons l'exemple d'un individu confronté à des problèmes de voisinage
(problèmes relationnels, bruits domestiques), on va alors supposer que son
intimité va être affectée de cette présence quotidienne et pourra avoir une
incidence sur sa santé mentale (anxiété, dépression, insomnie,
dysfonctionnement social).
Ce type de
situation nous conduit à émettre l'hypothèse suivante : lorsque les relations
avec le voisinage sont conflictuelles, qu'elles soient latentes ou patentes, on
observe un impact sur la santé mentale de l'individu (stress, dépression).
B. Outils
utilisés.
Le
questionnaire (voir annexe 1) de cette étude a été élaboré pour cette
recherche, il est constitué de 88 items. La première partie renseigne sur
l'identité du sujet et ses relations avec son voisinage. Tandis que la deuxième
partie est consacrée à l'évaluation de la santé mentale du sujet.
1.
Le questionnaire général de santé (GHn- 28).
La partie
du questionnaire relatif à la santé mentale est un autoquestionnaire qui
explore l'état du sujet au cours des dernières semaines et qui permet de
dépister divers troubles psychiatriques non psychotiques dans la population
générale. La version présentée est le GHQ- 28 (Général Health
Questionnaire) traduite par W. Bettschart et M. Bolognini et révisée par P.
Pariente, J.D. Guelfi et M. Smith, dans sa version à 28 items. Le GHQ- 28
est une version simplifiée de la première version (GHQ- 60) qui conserve
les propriétés psychométriques de la version initiale. Il couvre quatre
domaines : plaintes somatiques (ou "somatisation"), anxiété et
insomnie, dysfonctionnement social, et dépressivité. Le GHQ est considéré comme
un instrument de dépistage des sujets atteints de troubles psychopathologiques.
Il est simple à pratiquer et a une bonne sensibilité (fidélité test- retest
0,90 ; consistance interne : 0,90 ; sensibilité : 94 % ; spécificité pour le
dépistage : 73 %).
2.
Décomposition du questionnaire.
Dans notre
recherche, les 88 items ont été répartis selon cinq catégories
L'intimité
(13 items, questions 1.4 à 1.17) : Cette catégorie rend compte du degré
d'intimité de la personne. L'intimité est relative à soi- même et aux
autres, dans le logement et en dehors du logement. Plus le score est élevé et
plus l'intimité est forte. Exemples de questions : « Pouvoir m'isoler de temps
en temps est pour moi... > , « Une des premières choses à faire lorsque l'on
s'installe, c'est de poser les rideaux > . Cet item renvoi à la notion du
chez- soi, c'est- à- dire la conscience d'habiter en intimité
avec soimême, le lieu de la conscience de soi. Le degré d'intimité représente
la capacité du sujet à maintenir une frontière entre soi et l'autre. Cet item
est donc révélateur de la capacité du sujet à maintenir un lieu enveloppant et
protecteur, qui de plus le différencie des autres. À un niveau identitaire, on
peut rapprocher l'intimité du concept d'individuation, c'est- à- dire
la frontière et la stabilité. Nous avons inclus dans cette partie du
questionnaire des items qui sont relatifs à la stabilité (3 items, questions
1.1 à 1.3). Par exemple : « Depuis combien de temps habitez- vous votre
logement ? > . La stabilité est en réalité la durée qui permet d'être soi et
qui permet de maintenir durablement ces frontières, d'où l'importance d'inclure
cette partie dans celle de l'intimité.
L'autonomie
(5 items, questions 1.17 à 1.21) : elle correspond à la personnalisation. « Le
degré de personnalisation serait un indice de la liberté et de contrôle sur un
lieu : plus l'espace est personnalisé, plus la marge d'autonomie est grande
> Millet (1983). Exemples de questions : « Je n'aimerais pas habiter dans
une rue où toutes les maisons sont identiques > , « Je n'aimerais pas
habiter un logement meublé et décoré par d'autres ». Cet item renvoi au concept
de séparation- individuation, c'est en fait la capacité du sujet à être
différent des autres. Nous avons également ajouté dans cette partie, des
questions relatives à l'appropriation (4 items, questions 1.22 à 1.25) : celle- ci
suppose qu'un espace ne soit pas défini de façon absolue, et garantie
l'autonomie de l'individu.
Le bon
rapport de voisinage (10 items, questions 1.26 à 1.35) : cette catégorie tente
de repérer quels sont les comportements de l'individu qui sont en faveur d'un
bon rapport de voisinage. Plus le score est élevé et plus l'individu cherche à
connaître son voisinage ou bien souhaiterait faire partie d'un projet de
quartier. Exemples de questions : « Je ressens le besoin de connaître mes
voisins » , « Je participe aux projets susceptibles de modifier mon quartier »,
« J'aime croiser mes voisins et discuter avec eux ».
Les
problèmes de voisinage (11 items, questions ILI à 11.11) : cette partie met en
évidence le type de rapports qu'entretien l'individu avec son voisinage. Plus
le score est élevé et plus la personne rencontre des difficultés. Exemples de
questions : « Vous est- il déjà arrivé de mal vivre des problèmes de
voisinage », « Ces problèmes vous ont- ils amené à déménager ? », « Vous
sentez- vous observés par votre voisinage ? ». Cet item est suivi du
questionnaire relatif à la santé mentale lorsque l'individu a estimé avoir
rencontré des difficultés avec son voisinage.
Le questionnaire
général de santé (28 items) : Ce questionnaire est composé de quatre sous-
parties qui sont représentatives des plaintes somatiques, de l'anxiété et
de l'insomnie, du dysfonctionnement social, et de la dépressivité qu'éprouve
l'individu au cours des dernières semaines. Plus le score global est élevé
et plus la détresse psychosociale ressentie par l'individu est intense. Il
en est de même pour le résultat des quatre sous- parties.
|
|
|
3.
La cotation.
a)
Première- partie du questionnaire
Dans la
première partie du questionnaire, toutes les questions possèdent au plus deux
réponses. La cotation s'en trouve simplifiée et chaque réponse est cotée 0 ou
1. Prenons l'exemple suivant : « Pouvoir m'isoler de temps en temps est pour
moi : très important (1 point) / parfaitement inutile (0 point) ». La valeur
attribuée à chacune de ces réponses est fonction du type de question posée pour
chaque sous- catégorie. Si nous utilisons l'exemple cidessus (item de la
partie « intimité »), la question que l'on se pose est « Est- ce que la
personne a besoin d'être en intimité avec elle- même ? » . Si tel est le
cas, alors c'est qu'il est important pour lui de s'isoler de temps en temps et
nous coterons la réponse (1). La somme totale de cette sous- catégorie
nous indique le degré d'intimité de l'individu.
Nous avons
également calculé pour chaque sous- catégorie (intimité, autonomie, bon
rapport de voisinage, problèmes de voisinage) une note moyenne et un écart à la
moyenne. Les résultats individuels seront ainsi comparés à la note globale du
groupe, ce qui permettra de dégager des différences significatives entre les
individus de ce groupe. Cette démarche permet la cohésion interne du
questionnaire, mais ne permet pas de généraliser les résultats àl'ensemble de
la population. On considère que le seuil (somme de la note moyenne et de la
valeur de l'écart à la moyenne) correspond à la note à partir de laquelle on
observe un état pathologique de l'individu pour cette sous- catégorie.
Tableau 1 : le
partie du questionnaire : résultats de l'échantillon par sous catégories.
Note
Note Moyenne de Écart
Note
maximum minimum
l'échantillon moyen significative
I/
L'intimité 14 5 11 1 12
II/
L'autonomie 7 1 5 1 6
III/ Le bon
rapport de voisinage 9 1 5 2 7
IV/ Les
problèmes de voisinage 9 2 6 1 7
b)
- - Deuxième partie du questionnaire
Pour ce qui
est du questionnaire général de santé, à chaque question sont associées quatre
modalités de réponses (par ex. : pas du tout / pas plus que d'habitude / un peu
plus que d'habitude / bien plus que d'habitude) et le système de cotation
proposé est le système 0,1,2,3. L'utilisation du GHQ dans cette étude est à la
fois centrée sur le score global, reflétant l'intensité de la détresse
psychosociale ressentie par un individu, et à la fois sur les quatre sous- parties
du questionnaire permettant également le calcul de quatre sous- scores
représentatifs du domaine de la santé mentale le plus touché. Les scores les
plus élevés correspondent aux sujets les plus pathologiques.
Tableau 2 : 2e
partie du questionnaire: résultats de l'échantillon pour chaque sous- catégorie.
Note
Note Moyenne de Écart Note Seuil
maximum minimum
l'échantillon moyen significative 5/6
I/
Somatique 20 1 10 6 16 17
II/ Anxiété
et insomnie 21 3 14 5 19 17
III/
Dysfonctionnement social 21 3 10 4 14 17
IV/
Dépressivité 21 0 6 6 12 17
Score
Global 75 12 41 17 58 70
Le seuil du
GHQ- 28 à partir duquel on peut dépister une pathologie chez un individu
est de 70 pour le score global et de 17 pour les sous- échelles. Ce
chiffre correspond à 5/6 de 84 points et représente le seuil le plus
communément usité par les utilisateurs de ce questionnaire.
Dans le
cadre de cette étude, nous avons considéré une tranche intermédiaire dans
laquelle se trouvent les sujets qui sont dans une difficulté psychologique
réelle, mais non dans un < état > de détresse comme ceux ayant un score
supérieur à 70. Pour le score global, cette tranche intermédiaire est de 56
points (2 points x 28 questions) à 69 points, et pour les sousscores, elle se
situe entre 14 points (2 points x 7 questions) et 16 points.
C. Passation
du questionnaire.
La
passation de ce questionnaire s'est effectuée sur Internet. Il a été mis à la
disposition des sujets suite à la diffusion d'une petite annonce (annexe 2) sur
des forums de discussions de sites de psychologie ou d'associations de défenses
contre les nuisances sonores. Un lien les dirigeait ensuite vers le
questionnaire, avec la consigne suivante
AVERTISSEMENT
ET CONSIGNES Merci de lire ATTENTIVEMENT les lignes suivantes
1) Ce
questionnaire rentre dans le cadre dune recherche universitaire (mémoire de
maîtrise àl'université René Descartes). Son objectif est de comprendre les
liens unissant le logement et e voisinage.
°) Ce
questionnaire est ANONYME et sera utilisé exclusivement dans le cadre de cette:
recherche. Pour faciliter le traitement des données, il vous sera juste demandé
uri pseudonyme. Dans un soucis d'être au plus proche de la réalité, il est
souhaitable que vous; répondiez individuellement, à toutes les questions et le
plus honnêtement possible. Pourl es raisons évidentes de rigueur
méthodologique, les questionnaires incomplets ne seront pas` traités.
s
53°) À
chaque question, correspond une réponse sous forme de menu (choix unique)
°) Vous
devez avoir plus de 18 ans et habitez votre propre logement.
~5°) Durée
approximative du questionnaire: lOmin.
Par avance,
merci à tous de votre participation.
C'est grâce
à vous et à vos réponses que cette recherche trouvera sa véritable raison
d'être,
Pour me
contacter:
L'intérêt
principal d'Internet, dans ce type de recherche, est de toucher un échantillon
de personnes très diversifiées (origines géographiques et sociale, âge ou
sexe). Plusieurs études ont été menées sur Internet et ont utilisé le
questionnaire comme outil de validation de leur recherche. Prenons l'exemple
d'une enquête relative à la dépendance liée à l'utilisation d'Internet et qui
avait pour objectif d'observer ses conséquences sur la santé mentale. Le
questionnaire qui a été utilisé dans cette recherche est le même que celui de
notre étude, c'està- dire le GHQ 28.
D. L'échantillon.
L'échantillon
est constitué de 34 sujets. Ces personnes ont été choisies selon différents
critères qui sont : l'âge, avoir plus de 18 ans ; l'habitation : être locataire
ou propriétaire de son propre logement, et avoir rempli correctement le
questionnaire. Ce tableau représente la répartition de l'échantillon suivant
l'âge et le sexe.
Tableau 3 :
Répartition de l'échantillon.
Échantillon
Tranches d'âge
HOMMES 9 18
- 30 ans
17 6 30 -
50 ans
2 + 50 ans
FEMMES 5 18
- 30 ans
17 11 30 -
50 ans
1 + 50 ans
Total : 34
sujets Age moyen: 36 ans
L'échantillon est très
homogène au niveau de la répartition des sexes puisque l'on comptabilise 17
femmes pour 17 hommes. La majorité des sujets se trouve dans la tranche d'âges
des 30- 50 ans et l'âge moyen de cet échantillon est de 36 ans. Les
origines géographiques sont très variées puisque (16) habitent une grande
ville, (5) en banlieue, (8) à la campagne et (5) dans une petite ville. 71 % de
ces personnes ont fait des études supérieures et 29 % se sont arrêtés au niveau
secondaire. 35 % sont célibataires et 65 % vivent en couple. 35 % logent dans
une maison et 65 % dans un appartement. Ces statistiques nous montrent un
échantillon très diversifié, tant par ses origines géographiques, que son âge
ou même le mode d'habitat.
E. Les
résultats.
L'ensemble
des sujets de cette étude (voir annexe 3), ont répondu au questionnaire général
de santé, ce qui signifie qu'ils ont tous reconnu avoir rencontré des
difficultés avec leur voisinage. D'un point de vu statistique, on constate que
88 % des sujets disent avoir mal vécu des problèmes de voisinage dont 73 % en
avoir eut leur vie de famille affectée par cet événement. De plus, la moitié
d'entre eux ont été conduits à déménager suite à ces problèmes.
1.
Questionnaire général de santé : GHQ- 28.
a)
Le score global.
Le score
global indique l'intensité de la détresse psychosociale du sujet, c'est- à- dire
un état général de mauvaise santé, que ce soit physique, social ou
psychologique. Dans le cadre de cette étude, nous avons recensé 12 % de
l'échantillon au- dessus du seuil de 70 points, ce qui signifie que leurs
problèmes de voisinage affectent tous les domaines de leur santé mentale. On
peut dire que ces personnes sont dans un < état > de détresse
psychosociale intense. On trouve également dans cet échantillon 12 % des sujets
qui se situent entre 56 points et 70 points, ils se trouvent aussi dans une situation
où leur santé mentale est touchée de façon globale, mais on peut penser que
seulement deux ou trois sont partiellement touchés. Quant au reste de
l'échantillon, soit 76 % des sujets, ils sont touchés par ces difficultés de
voisinage, mais ne ressentent pas de difficultés majeur au niveau de leur
santé, ou bien, il s'agit seulement d'un domaine, sur les quatre sous- échelles,
touché plus que les autres. Le score élevé obtenu au GHQ- 28 peut révéler
des difficultés psychologiques réelles, mais il ne permet en aucun cas
d'affirmer un diagnostic précis
b)
Les quatre sous- scores.
Nous allons
à présent étudier l'impact des problèmes de voisinage sur la santé mentale en
fonction des quatre sous- scores du questionnaire GHQ- 28 qui
distinguent les symptômes associés à la dépression, à l'anxiété et l'insomnie,
aux dysfonctions sociales et à la somatisation. Si les sujets ont des résultats
au- dessus du seuil de 5/6, c'est- à- dire 17 points sur 21 à
une des sous- échelles, on considèrera alors que les problèmes de voisinage
ont des conséquences psychologiques à moyen terme sur lui. Lorsque ce dernier
obtient un score entre 14 (2 points * 7 questions) et 16 points, alors il est
dans une situation où l'impact des problèmes de voisinage sur sa santé mentale
aura des répercussions négatives sur une des sous- échelles de la santé,
sans pour autant être pathologique.
La
somatisation, qui est la première sous- échelle calculée par le GHQ- 28,
compte 24 % des sujets au- dessus du seuil (17 points). Ce qui signifie
que 8 sujets sur 34 ont des difficultés psychologiques dont les symptômes
principaux se déclenchent par une somatisation importante. On observe également
15 % des sujets entre 14 et 16 points, ce qui suppose qu'eux aussi manifestent
leurs difficultés par de la somatisation. On remarque donc que, pour 39 % des
sujets interrogés, les problèmes de voisinage ont un impact sur leur santé
mentale qui se manifeste par de la somatisation.
Le domaine
de l'anxiété et de l'insomnie est celui le plus touché par ces effets de
problèmes de voisinage. En effet, on repère dans l'échantillon 44 % des sujets
qui manifestent leurs difficultés par des symptômes d'anxiété ou d'insomnie
(score> 17) et 9 % dont les scores sont au- dessus de 14 points. Soit
au total, 53 % des personnes interrogées qui rencontrent des difficultés
psychologiques suite à ces problèmes de voisinage et qui le manifestent par des
symptômes d'anxiété ou d'insomnie.
Quant aux
difficultés relatives aux dysfonctions sociales, 9 % de l'échantillon se situe
au- dessus du seuil et 26 % dans la tranche intermédiaire. Ces résultats
montrent que les difficultés rencontrées avec le voisinage ont une influence
sur le quotidien de ces sujets. Ils sont dans cet échantillon 35 % à être dans
la quasi- impossibilité de mener une journée de façon normale, leurs
symptômes principaux sont une insatisfaction générale de leurs activités
quotidiennes, un sentiment d'inutilité et une importante diminution de leur
capacité à prendre des décisions. Il y a un dysfonctionnement global du rôle
social chez ces sujets.
La
dépressivité touche 9 % des sujets à un niveau très élevé et 6 % de façon très
forte. C'est la sous- échelle la moins significative de cet échantillon,
elle représente 15 % des sujets. Les symptômes les plus représentatifs sont le
sentiment que la vie ne vaut pas la peine d'être vécu, l'envie constante de
vouloir mettre fin à ses jours, une dévalorisation de soi et un pessimisme sur
l'avenir.
Les
résultats de ces quatre sous- échelles laissent apparaître que les
problèmes de voisinage ont un impact certain sur toutes les sphères de la santé
mentale des individus. À la suite de ce questionnaire, nous avons pu dégager
que les domaines de la santé les plus touchées par ces problèmes sont,
l'anxiété et l'insomnie (44 %), suivie de près par celle de la somatisation (39
%), des dysfonctions sociales (35 %) et de la dépressivité (15 %). Toutes ces
sphères
peuvent coexister chez un même individu de manière plus ou moins intense.
2.
Corrélations avec la première partie du
questionnaire.
Il s'agit à
présent de faire un lien entre les résultats du questionnaire général de santé
et les sous- parties
relatives à la première partie du questionnaire.
Les
événements de vie.
Dans un
premier temps, nous allons observer s'il existe un lien entre le score obtenu
au questionnaire général de santé et les événements de vie qui ont pu avoir
lieu au cours des six derniers mois.
Tableau 4 : Rapport
entre évènements de vie et score moyen au GHQ- 28.
Avez- vous
vécu un ou plusieurs évènements % (N = 34) Moyenne des scores
importants
ces six derniers mois (décès, séparation, GHQ- 28.
maladie,
perte d'emploi) ?
Oui (14) 41
% 47
Non (20) 59
% 34
Les sujets
qui ont vécu un ou plusieurs évènements importants ces six derniers mois ont un
score moyen au GHQ- 28 supérieur à ceux ayant eu aucun événement majeur
dans les mois précédents l'étude.
Perception
de leur < état » psychologique général.
Dans un second temps, nous nous attacherons à savoir s'il y a une correspondance entre la perception de leur état psychologique constant et le score au GHQ- 28.
Tableau 5 : Lien
entre perception de son état psychologique et score moyen au GHQ- 28.
D'une
manière générale, vous arrive- t- il d'être triste, % (N = 34)
Moyenne des scores
déprimé ou
stressé ? GHQ- 28.
Oui 65
% 44
Non 35 % 29
Les résultats
indiquent que les sujets ayant la perception d'être généralement plutôt
stressés ou déprimés ont des résultats moyens au GHQ- 28 bien supérieurs à
ceux qui se perçoivent plutôt en bonne santé mentale (pas de stress, de
dépression ou de tristesse).
-
La variable intimité- stabilité.
Nous allons
à présent étudier la variable intimité en fonction du score obtenu au GHQ28.
Le but est de s'interroger sur la place de l'intimité dans les conflits de
voisinage et ses conséquences sur la santé mentale.
Tableau 6 :
Comparaison entre la variable intimité- stabilité et score moyen au GHQ- 28.
Stabilité
et Intimité (Moyenne = 11) % (N = 34) Moyenne des scores
GHQ- 28.
0 point à
11 points 53 % 40
12 points à
16 points 47 % 41
Les
résultats indiquent une légère tendance des personnes ayant une forte intimité
àobtenir un score supérieur au questionnaire général de santé par rapport aux
autres sujets.
La variable
autonomie- appropriation.
Pour
étudier cette variable, il est nécessaire de savoir que les personnes ayant des
résultats qui sont au- dessus de la moyenne (plus de 6 points) ont une
forte autonomie et une bonne capacité d'appropriation de leur espace. Donc,
plus les sujets sont au- dessous de cette moyenne et plus on considérera
qu'ils sont dépendants d'autrui et n'auront pas les capacités suffisantes pour
s'approprier un espace personnel.
Tableau 7 :
Comparaison entre autonomie- appropriation et score moyen au GHQ- 28.
Autonomie
et appropriation (Moyenne = 5) % (N = 34) Moyenne des scores
GHQ- 28.
1 point à 5
points 65 % 41
6 points à
9 points 35 % 38
Les sujets ayant le score moyen au GHQ- 28 le plus fort, sont ceux qui présentent un score à la variable appropriation- autonomie le plus faible. Ce qui signifie que les personnes les moins autonomes ont une santé mentale plus affectée par ces problèmes de voisinage que les autres sujets.
Effet de
l'âge.
Il serait
intéressant d'observer s'il existe un effet de l'âge lors de conflits de
voisinage sur la santé mentale.
Tableau 8 :
Comparaison entre l'âge et le score moyen au GHQ- 28.
Age % (N =
34) Moyenne des scores
GHQ- 28.
18 à 30 ans
41 % 39
30 à 50 ans
50 % 42
Plus de 50
ans 9 % 44
On observe
un effet de l'âge sur les résultats au questionnaire général de santé : plus
les sujets sont âgés et plus leur santé mentale est affectée par les problèmes
de voisinage.
Effet du
sexe.
Observons à
présent s'il y a un effet du sexe sur les résultats au GHQ- 28.
Tableau 9 :
Comparaison entre la variable sexe et le score moyen au GHQ- 28.
Sexe % (N =
34) Moyenne des scores
GHQ- 28.
Homme 50
% 35
Femme 50
% 46
Les résultats indiquent que les femmes sont en général plus affectées psychologiquement que les hommes lorsqu'il y a des problèmes de voisinage.
.
Comparaison de deux sous- groupes.
Comme nous
avons pu le constater dans les résultats précédents, il semble que les
personnes ne réagissent pas toutes de la même manière aux problèmes de
voisinage. Pour mieux comprendre les différences existantes entre les sujets
dans un état de détresse intense et ceux n'éprouvant pas ce type de difficultés,
nous allons comparer le groupe des 8 sujets ayant les scores les plus élevés au
GHQ- 28 et les 8 personnes ayant aucun résultat significatif aux quatre
sous- échelles et les scores les plus faibles au GHQ- 28.
Tableau 10 :
Répartition de l'échantillon des deux sous- groupes en fonction du
résultat au GHQ- 28.
Score au
GHQ Nombre de Moyenne des scores
sujets GHQ- 28.
Score
supérieur à 56 8 69
Aucun
résultat significatif aux quatre sous- échelles 8 17
Nous allons
à présent tenter de comprendre quelles sont les variables de la première partie
du questionnaire qui pourrait être en cause dans cette différenciation entre le
groupe 1 (score élevé au GHQ- 28) et le groupe 2 (score faible au GHQ- 28).
L'intimité
et la stabilité.
Tableau 11 :
Comparaison des deux groupes en fonction de l'intimité et de la stabilité.
Stabilité
Intimité Stabilité et Intimité
(moyenne
=3) (Moyenne = 8) (moyenne = 11)
Groupe 1 3
10 13
Groupe 2 3
7 10
Ces
résultats indiquent que les deux groupes ont un rapport à la stabilité qui est
semblable, mais un rapport à l'intimité bien différent. En effet, le groupe 2 a
un rapport àl'intimité qui est en dessous de la moyenne de l'échantillon total.
Il existe donc une différence significative du rapport de l'intimité entre ces
deux groupes.
L'appropriation
et l'autonomie.
Tableau 12 :
Comparaison des deux groupes en fonction de l'appropriation et de l'autonomie.
Autonomie
Appropriation Autonomie et
appropriation
(moyenne =
3) (moyenne = 2) (Moyenne = 5)
Groupe 1 2
2 4
Groupe 2 2
2 4
Les résultats de ces deux variables ne sont pas significatifs et ne nous permettent pas de faire des comparaisons entre ces deux groupes. En effet, les moyennes des deux groupes sont identiques.
Les bons
rapports de voisinage.
Dans cette
partie, nous allons tenter d'observer si les différences de score obtenu au GHQ- 28
sont liées à un comportement spécifique de l'individu en faveur d'un bon
rapport de voisinage.
Tableau 13 :
Comparaison des deux groupes en fonction du bon rapport de voisinage.
Bon rapport
de voisinage
(moyenne =
5)
Groupe 1
4,5
Groupe 2 6
Les
résultats indiquent qu'il y a une tendance du groupe 2 à se comporter de façon
spécifique envers le voisinage. Il y a de leur part une recherche de contacts
et de partage qui induit chez eux une envie de connaître le voisin.
52
III. Discussion.
A. Sur les
résultats.
1.
Les facteurs de risques.
-
Les évènements de vie et la perception de leur
état psychologique général.
-
Le tableau
(n°4, p.46) qui compare l'état actuel et le score global, est intéressant si
l'on veut observer l'incidence des évènements de vie sur les problèmes de
voisinage, mais l'inconvénient majeur est que l'état actuel porte sur les six
derniers mois, or le score global peut se référer à une période bien antérieure
à cette date. En effet, on demande au sujet de se replacer dans un contexte où
il y a eu des problèmes de voisinage pour répondre à ce questionnaire. Donc, si
ces problèmes ont eu lieu depuis plus de six mois, ces résultats ne seront pas
du tout significatifs. Afin de remédier à ce biais, il aurait fallu introduire
dans le questionnaire une question permettant de dater les faits.
En ce qui
concerne les résultats relatifs à la perception de l'état psychologique général
(tableau 5, p. 47), on s'aperçoit que ce sont des personnes qui ont une
tendance à être d'un « naturel » plutôt stressé, ou déprimé, et l'on peut
supposer que ces problèmes viennent renforcer cet état d'être. Comparativement
aux autres sujets, ils sont plus susceptibles de déclencher une pathologie dans
ce type de situations conflictuelles.
L'intimité
dans le logement (tableau 6, p. 47).
Les
résultats montrent qu'il n'y a pas de différences significatives entre ceux
ayant une forte intimité et les autres, mais une tendance. Cependant, lorsque
l'on s'intéresse plus particulièrement aux personnes ayant obtenu un score
supérieur à 56 points au GHQ- 28, on s'aperçoit que la moyenne de leurs
résultats à la variable intimité est de 13 (moyenne de l'échantillon située à
11 points). On peut donc supposer que les personnes ayant des difficultés avec
leur voisinage et des problèmes de santé mentale, auront en général un score
àl'intimité bien supérieur à la moyenne de la population. Cependant, le
contraire n'est pas vrai, les personnes qui ont un fort score à l'intimité
n'ont pas forcément des problèmes relatifs à la santé lors de difficultés de
voisinage. Ces résultats peuvent nous permettre d'avancer l'hypothèse selon
laquelle les individus ayant une forte intimité dans leur logement ont un
facteur de risque supplémentaire aux autres pour déclencher une pathologie.
De façon
générale, les individus utilisent leur logement comme barrière entre eux et
l'extérieur. Dans le cas des problèmes de voisinage, leur habitat ne remplit
plus ce rôle protecteur contre les intrusions sonores et les conflits
relationnels. Rappelons que l'intimité est ce qui permet d'être soi, et
l'individu dans ce contexte se sent alors dépossédé de son intimité, il ne peut
plus être lui- même, il n'a plus la capacité de se ressourcer
psychologiquement dans ce qui est censé être une enveloppe protectrice. On peut
penser que les personnes ayant une forte intimité dans leur logement ont un
besoin supplémentaire de se protéger de l'extérieur et ces problèmes de
voisinage, qui sont sonores pour la majorité, sont ressentis comme une
intrusion et donc comme une violation de soi.
-
L'autonomie et l'appropriation (Tableau 7, p.
48).
Les
résultats ont montré qu'il y a une tendance des individus ayant obtenu une note
élevée à l'appropriation- autonomie, à avoir un score plus faible au GHQ- 28.
Il peut s'agir encore d'un facteur de risque. En effet, les personnes
présentant une dépendance à leur environnement familial ou amical, auront plus
de difficultés à affronter seul ce type de conflit. Une fois chez eux, il leur
sera difficile d'utiliser leurs propres ressources psychologiques pour
affronter ces agressions extérieures. Par ailleurs, ces sujets ont plus de
difficultés que les autres pour s'approprier un espace personnel. Ce logement
n'est pas investi et aménagé de façon à ce qu'il leur ressemble, il n'y a pas
ou peu d'individualité dans cet espace.
Comme pour
la variable intimité et stabilité l'inverse n'est pas vrai, les personnes
rencontrant des difficultés avec leur voisinage n'ont pas forcément une
dépendance à leur environnement proche et des difficultés d'appropriation de
l'espace. Il s'agit seulement d'un facteur de risque pouvant déclencher une
pathologie dans de pareil cas.
L'âge.
L'âge est
également un facteur de risque (voir tableau 8, p.48). Plus on est âgé et moins
on aura les capacités de faire face à ce type de situation. On peut supposer
que les personnes les plus âgées sont plus souvent chez elles parcequ'elles
n'ont pas ou plus de travail. Mais lorsque l'on compare le pourcentage de
personnes en activité en fonction de l'âge, on s'aperçoit que les résultats
sont identiques. Il n'y a donc pas dans cet échantillon une différence liée à
l'âge qui soit en rapport à l'activité. On peut alors supposer que c'est le
fait de ne pas pouvoir déménager aisément qui les rend les plus vulnérables à
ce type de conflits. En effet, les résultats à la stabilité sont croissants en
fonction de l'âge : plus les personnes sont âgées et plus la stabilité dans le
logement est grande.
Tableau 14 :
Comparaison entre l'âge, l'activité et la stabilité dans le logement.
Stabilité
En activité Sans activité Score moyen au
(moyenne
=3) GHQ- 28
18- 30
2 64 % 36 % 39
31- 50
3 65 % 35 % 42
+ 50 4 67 %
33 % 44
Le sexe.
Le sexe est également un facteur de risque, puisque l'on trouve plus de femmes que d'hommes ayant des résultats significatifs au questionnaire général de santé (voir tableau 9, p.49). On peut supposer que les femmes sont plus fréquemment que les hommes à la maison et de ce fait, confrontées d'avantage à cette situation. Dans le tableau ci- dessous, on s'aperçoit qu'effectivement, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à rester au foyer puisque, 47 % d'entre- elles sont sans activités et 24 % travail à temps partiel.
Tableau 15 :
Comparaison entre le sexe, l'activité et la perception de leur état
psychologique.
En
activité À temps partiel Perception d'un état de Score moyen
stress,
dépression... au GHQ- 28
Hommes 71 %
9 % 47 % 35
Femmes 53 %
24 % 82 % 46
On peut
aussi expliquer ces résultats par le fait que les hommes ont plus de
difficultés à avouer leurs problèmes que les femmes. Si on compare la
perception de l'état général psychologique en fonction du sexe, seulement 47 %
des hommes avouent être d'un naturel plutôt stressé ou déprimé, contre 82 % des
femmes.
Enfin, on
peut expliquer cette différence par le fait que les hommes, étant plus en
activité que les femmes, ont moins le temps de stresser ou de déprimer. Il peut
en effet s'agir d'un mécanisme de défense pour l'homme que de se « noyer >
dans le travail.
2.
Les facteurs de protections.
L'intimité.
Lorsque
nous comparons le groupe de sujets ayant une santé mentale « fragilisée > et
le groupe de sujets ayant globalement une bonne santé mentale, on s'aperçoit
que ce sont les résultats de l'intimité qui indiquent le plus de différence.
Dans ce cas, on peut supposer que le fait de n'être pas trop centré sur son
intimité dans son logement, c'est- à- dire ne pas utiliser uniquement
son logement comme barrière entre soi et autrui, diminuera par exemple l'effet
persécuteur ou intrusif des nuisances sonores. L'intimité peut donc être un
facteur de protection psychologique lorsque celle- ci n'est pas utilisée
comme une sphère imperméable àl'extérieur. Il faut pouvoir être capable
d'ouvrir son espace aux autres sans pour autant ne pas mettre de frontières. En
effet, un trop peu d'intimité sera pathologique chez un sujet pour qui l'espace
sera ouvert au tout venant.
Le bon
rapport de voisinage.
Les
résultats indiquent que si un individu est prédisposé à rencontrer ses voisins,
alors les problèmes de voisinage n'ont plus les mêmes effets sur sa santé
mentale. En effet, les personnes ayant un faible score au questionnaire général
de santé ont en moyenne un résultat à la variable bon rapport de voisinage
supérieur à la moyenne. Ceci signifie que les personnes ayant un comportement
plus social, donc moins centrées sur leur intimité, seront de ce fait, moins
tournées vers l'intérieur de leur logement. Le comportement social serait alors
un facteur de protection pour la santé mentale.
B. Sur les hypothèses.
L'analyse
de ces résultats va nous permettre de répondre aux deux hypothèses principales.
D'une part, nous pouvons affirmer qu'il y a un impact des problèmes de
voisinage sur la santé mentale. Nous nous sommes en effet aperçus que les
résultats obtenus au questionnaire général de santé révèlent un état de
détresse psychosocial important pour 24 % de l'échantillon. Cependant, toutes
les sphères de la santé ne sont pas touchées de la même façon. D'après
l'analyse des quatre sous- échelles, il s'avère que la sphère de l'anxiété
et de l'insomnie est la plus représentative des symptômes évoqués par les
sujets (53 %), suivit de la sphère des dysfonctions sociales (39 %), de la
somatisation (35 %) et de la dépressivité (15 %). On s'est aperçu qu'il existe
des facteurs de risques liés à plusieurs variables. La première est l'intimité
: plus l'intimité dans le logement est forte et plus il y a de risque que la
santé mentale en soit affectée dans ce même contexte. La deuxième variable est
l'appropriation et l'autonomie. Les individus dépendants de leur entourage
familial ou amical ont également plus de risque d'être atteint
psychologiquement par ces difficultés extérieures. Nous avons remarqué qu'il
existe un effet lié à l'âge, plus les personnes sont âgées et plus elles sont
vulnérables. Ainsi qu'un effet lié au sexe, les femmes sont plus sensibles que
les hommes dans ce type de conflits.
Ces
facteurs de risques sont globalement relatifs au processus de l'individuation.
On peut dire en effet que les personnes rejouent dans et par leur logement, les
difficultés de séparation avec leur mère au moment de la petite enfance.
Lorsque les individus ont du mal àêtre autonome et ont besoin de se raccrocher
aux autres, c'est souvent au niveau de l'individuation que cela se situe. Les
frontières entre extérieur et intérieur sont trop marquées, l'individu «
s'imperméabilise > dans cet espace et a peu de possibilité de s'en extraire.
Le sujet qui possède une trop forte intimité, comme celui qui en a peu, a mal
intégré l'individuation au moment de son enfance : l'un va s'enfermer et
l'autre se faire envahir. Néanmoins, les sujets ayant une forte intimité ont
plus de chance d'être en difficulté psychologique dans ce type de problèmes,
parce qu'ils sont plus vulnérables lorsqu'il s'agit de troubles relatifs aux
frontières.
Nous nous
sommes aperçus qu'il existait des facteurs de protection dans ce type de
situation. En effet, plus les personnes entretiennent des relations ou
souhaitent entretenir des relations avec leur environnement social, et plus les
résultats à l'intimité baisse. L'intimité régulée est un facteur de protection
contre l'intrusion. La capacité d'être en intimité avec soimême de manière
contrôlée, assure à l'individu une protection de son intégrité psychique et
corporelle.
Les
résultats de cette recherche confirment l'hypothèse de départ, selon laquelle
les problèmes de voisinage ont un impact sur la santé mentale. Nous en avons
déduit des facteurs de risques et de protections qui agissent lorsqu'il y a des
conflits de voisinage.
C. Sur la
recherche.
Témoignages.
À présent,
je souhaiterais citer certains témoignages recueillis dans la dernière partie
du questionnaire (facultative) qui donnait la possibilité aux personnes
d'ajouter des éléments, qui n'ont pas été directement traités dans notre étude.
Les propos sont très variés et concernent aussi bien le logement idéal, que les
problèmes qu'ils rencontrent personnellement, ou même, des reproches envers ce
questionnaire. Voici un extrait de ceuxci .
< Le
logement représente normalement notre espace de vie donc le lieu où l'on doit
se sentir bien et protégé des agressions extérieures. Mon problème de voisinage
m'a poussé àdéménager ».
« Il s'agit
d'une bulle coupée du monde dans laquelle, lorsqu'on rentre, on doit se sentir
en paix et à l'abri. Les problèmes extérieurs ne doivent pas pouvoir y
pénétrer, c'est un havre de paix. Or, les nuisances sonores sont une violation
de ce "no problem land", nous n'avons alors plus d'endroit de replis,
plus de "territoire"... J'ai dû déménager par deux reprises pour des
soucis de voisinages bruyants (deux voisins tous deux DJ...) Il s'est avéré que
le déménagement est le seul choix possible étant donné l'impossibilité
d'entreprendre une action légale dans le sens ou les instances légales se
moquent de ce genre de problème ».
«
Malheureusement à cause de certaines personnes qui ne respectent rien, et
surtout pas les autres, votre logement (votre chez vous) se transforme en
enfer. Le bruit est un supplice chinois qui vous abîme a petit feu » .
« Un
endroit jamais satisfaisant, car de nos jours, trouver quelque chose de calme
est un luxe. Je me sens condamnée à vivre dans ces "résidences"
débiles et sans âme qui fleurissent partout et qui ne sont jamais suffisamment
insonorisées. Bruits de pas et galopades en haut, jeux bruyants en bas, un peu
de chaîne hi- fi de temps en temps, hurlements de chiens, etc. Si ce
n'était le problème de la sécurité, il y a longtemps que j'aurais aménagé dans
une maison à la campagne... ».
« La recherche
de la mère qui m'a abandonnée à 18 mois » .
59
immeuble. À
l'origine de ce projet, l'association « Paris d'amis > , montée en 1990 par
un jeune chef d'entreprise, avec pour slogan « pas de quartier pour
l'indifférence ». Cette association avait pour objectif de renforcer les liens
de proximité, lutter contre l'exclusion et l'isolement et créer une solidarité
entre voisins.
Ce type
d'initiative participe certainement à la mise en place de liens sociaux entre
des personnes qui ne se seraient sans doute jamais connu et pour qui
l'isolement aurait peut- être conduit au conflit, mais leur analyse au
niveau psychologique, ne rentrait pas dans le cadre de notre étude.