RELATIONS DE VOISINAGE ET IMPACTS SUR LA SANTE MENTALE.

 

Directeur de mémoire: Evelyne BOUTEYRE.

Lara CAPELLE- FILLION

 

UNIVERSITE PARIS V - RENÉ DESCARTES, INSTITUT DE PSYCHOLOGIE

Mémoire de maîtrise de psychopathologie (2001/2002)

 

 

DEUXIEME PARTIE : LA RECHERCHE

 

 

I.                 Point sur les recherches concernant le logement.

 

 

Les recherches qui sont faites autour du logement sont souvent en lien àl'environnement de celui- ci et sa nocivité sur l'homme. Ces recherches sont donc essentiellement du ressort de la psychologie sociale et non de la psychopathologie. L'intérêt des recherches en psychosociale réside principalement dans l'apport de données concernant la complexité du système environnement- logement- individu et que nous ne retrouvons pas dans les recherches issues de la psychopathologie. Puisque ces dernières reposent essentiellement sur le logement et son rapport à l'identité.

 

Nous allons dans un premier temps aborder succinctement les recherches sur les facteurs d'influence du cadre de vie, les pollutions sonores, la surcharge environnementale et la densité. Puis nous rendrons compte de l'état des recherches dans le domaine de la psychopathologie, c'est- à- dire le rapport entre l'individu, le logement et son identité.

 

  1. Recherches en psychologie psychologie sociale.

 

 

Les facteurs d'influence du cadre de vie.

 

Les facteurs d'influence sont appelés ainsi parcequ'ils représentent ce qui peut être en cause dans les effets du cadre de vie sur la santé mentale. Ils sont de natures diverses : la pollution, le bruit, l'entassement... Ils peuvent être aussi d'ordre architectural : l'homme qui fait l'environnement (l'architecte) et l'homme qui le subit sont implicitement classés dans des catégories sociales différentes, ce qui peut engendrer une dissociation entre ce que l'un veut représenter et ce que l'autre peut en attendre. On peut en déduire que l'investissement personnel de l'individu dans son habitat va s'en retrouver altéré.

 

Une étude menée par Levy- Leboyer (1980) sur les effets du cadre de vie, stress liés aux pollutions (les bruits, le manque d'espace, d'autonomie), met en évidence qu'elles compromettent le libre fonctionnement des fonctions psychologiques ou forcent à des conduites d'adaptation qui perturbent l'équilibre individuel. Il ajoute que < ce n'est pas parce que l'environnement est jugé adéquat par les hommes qui y vivent qu'il n'y a pas sur eux d'effets nuisibles à court ou à long terme ». Il n'y a pas d'environnement idéal, ni de cadre de vie dont les effets soient constants. La culture collective, les expériences individuelles jouent le rôle de variables très diversifiées.

 

Plusieurs études ont été menées afin de mettre en évidence la subjectivité de la perception de l'environnement : une étude de Bernett en 1972, a tenté de vérifier expérimentalement la manière dont la couleur d'une pièce peut influencer le sentiment de confort chez ses habitants. Le résultat principal a révélé qu'il existe une association intellectuelle entre les couleurs et la chaleur d'une pièce. Une autre étude, menée par Wools et Canter en 1970, a cherché ce qui contribue à créer l'impression qu'une pièce est « amicale ». Les résultats ont trouvé que le mobilier est un facteur important, suivi en deuxième, du facteur de la pente du plafond. Ce type de recherche indique bien que les concepts qui permettent de décrire le monde physique ne suffisent pas pour définir l'environnement d'un point de vue psychologique. Selon Claude Levy- Leboyer dans Psychologie et environnement, il y a deux raisons qui peuvent expliquer cela. Dans un premier temps, il souligne le fait que les notions physiques ne correspondent pas aux notions psychologiques. Puis, dans un second temps, que les concepts physiques n'épuisent pas la réalité psychologique de l'environnement puisqu'ils ne rendent pas compte d'impressions comme la chaleur, l'intimité, l'unité, l'originalité de l'environnement. D'autres études ont porté sur la satisfaction et le cadre de vie. Une façon d'appréhender ce problème est d'évaluer la satisfaction des utilisateurs par rapport aux objectifs poursuivis lorsqu'on aménage l'environnement.

Claude Levy- Leboyer s'est aperçu que, pour répondre aux deux questions précédentes concernant les dimensions psychologiques de la perception et de l'évaluation de l'environnement, il faut avoir des informations sur un aspect qui sont les besoins de l'individu face à l'environnement. Une vaste enquête de 1500 questionnaires a donc été entreprise afin de répondre à cette lacune expérimentale. Le résultat de la pré- enquête a retenu sept besoins indépendants et identifiables, et l'enquête qui s'en est suivie a confirmé certains de ces résultats.

 

Nous n'allons pas nous étendre sur ces données qui sont issues de la psychologie sociale, mais ils apportent des éléments important quant à la compréhension des difficultés liées à l'étude de l'influence de l'environnement sur l'individu. En effet, les facteurs d'influence que nous avons évoqués participent à la compréhension des incidences que peut engendrer l'environnement sur la santé mentale de l'individu. Ils sous- tendent l'existence de différences inter- individuelles qui font que chaque personne est unique dans ses réactions face à l'environnement, elles sont de l'ordre de la subjectivité.

 

La surcharge environnementale.

 

< La vie en ville est source de déséquilibre psychologique parceque l'excès d'informations force l'individu à se protéger en filtrant les stimulus ou en évitant les contacts sociaux ». Cette définition de Simmel, sociologue, semble la plus proche de la notion de surcharge environnementale. La surcharge de stimulus contraint l'individu à élaborer des stratégies d'adaptation.

 

Milgram, en 1970, décrit six mécanismes d'adaptations qui se situent simultanément au niveau cognitif (focalisation de l'attention et tri de l'information) et au niveau social et affectif (évitement des relations interpersonnelles, diminution de la charge affective dans ses relations). On peut retenir de ces mécanismes d'adaptation que : les informations non prioritaires sont ignorées, on n'enregistre que ce qui est utile ; que les divers procédés soient utilisés pour arrêter les inputs non souhaités (froideur qui décourage l'interlocuteur éventuel...) ; que l'intensité des stimulus est réduite par la protection physique et affective ; qu'il existe des institutions destinées à prendre en compte la surcharge sociale que les individus n'absorbent plus (SOS téléphoniques...). L'ensemble de ces processus de défense entraîne trois conséquences sociales : diminution du sentiment de responsabilité sociale, diminution de la courtoisie dans les relations interpersonnelles, et l'anonymat devient la règle.

 

Ce que décrit Milgram, c'est un ensemble de réactions liées au facteur d'influence de la surcharge environnementale. Sa conclusion est que l'individu, pour fuir cette surcharge environnementale, se retire de la sphère sociale. Ceci génère alors le sentiment d'être seul et donc peut provoquer chez lui une sorte de violence liée à cet anonymat (diminution du sentiment de responsabilité sociale).

 

La déduction des propos de Milgram nous conduit à penser que la surcharge environnementale peut avoir des conséquences sur le repli social de l'individu dans son habitat, et de ce fait, renforcer cette toute puissance du territoire intime et le conduire àadopter des comportements pathologiques.

 

 

-        La densité.

 

 

La notion de densité urbaine est imprécise, ainsi, Zlutnick et Altman proposent de la décomposer en deux aspects : la densité intérieure (nombre de personne par pièce), et la densité extérieure (nombre de personne par unité de surface urbaine). Le rapport entre ces deux densités varie selon la localisation.

 

Un groupe de recherche sur le comportement des citadins montre que les conditions environnementales déterminent un style de vie qui, à son tour, détermine la qualité et la nature des représentations environnementales. On peut se demander si ce n'est pas le nombre et l'intensité des stimulus qui représentent la variable stressante responsable des conduites inciviles ou agressives. La nocivité de la densité et la tolérance à la foule sont différentes selon qu'il s'agit de manque d'espace ou d'intrusion ou de rationnement des ressources essentielles, d'environnement primaire (ou s'exerce l'activité principale) ou secondaire (transitoire) et anonyme (moyens de transport, cinéma, magasins, ...).

Altman (1975) refuse toutes affirmations générales sur les effets psychosociaux de la densité. Il est certain que des conditions environnementales caractérisées par le surnombre d'individus dans un espace limité exigent des conduites d'adaptation spécifique. Mais le type d'adaptation et les chances de succès de cette adaptation sont fonction de facteurs très nombreux.

 

-        Le bruit.

 

 

Une étude expérimentale de Levy- Leboyer (1976) a montré qu'il existe deux faits contradictoires observés dans l'analyse de la répartition des gênes occasionnées par le bruit. Le premier fait est que la corrélation entre les gênes exprimées par les individus et les mesures physiques du bruit à un même moment est toujours faible. Et le second fait, c'est que la comparaison des moyennes des gènes exprimées par des groupes de sujets placés dans des situations diversement exposées au bruit, révèle des différences significatives et cohérentes plus le bruit est fort, plus la moyenne des gènes exprimées est élevée.

 

Cette apparente contradiction s'explique par la très forte variance des gènes exprimées. On peut penser que lorsqu'un individu affirme ou nie être gêné, il synthétise quatre opinions distinctes : une attitude vis- à- vis du fait même d'exprimer ses gênes et ses difficultés ; une évaluation globale de l'environnement dans lequel il vit (exemple s'il est satisfait de son logement, il sous- estimera la gêne que lui cause le bruit) ; la comparaison du bruit réel avec ce qu'il s'attendait à entendre (exemple de la campagne à la ville, il accepte àl'avance les changements) ; enfin, en affirmant sa gêne, l'individu juge le bruit selon ses critères personnels et sur plusieurs dimensions.

 

Cette étude sur l'évaluation des gênes occasionnées par le bruit a mis en évidence l'existence de très grandes variations interindividuelles dans les réponses. Ceci montre que l'impact du bruit sur les individus est variable selon la subjectivité de la personne et non de l'intensité du bruit.

 

D'après ces recherches, nous pouvons déduire que les facteurs environnementaux ont un impact certain sur l'individu. Ces études ont permis de mieux cerner les facteurs responsables du repli social (surcharge environnementale), et participent également àl'observation d'un constat : les facteurs environnementaux, à effets comparables, ont un impact variable sur l'individu, selon sa subjectivité et non selon l'intensité des stimulus.

 

 

B . Recherches en psychopathologie.

 

 

En psychopathologie, très peu de recherches ont été faites sur le logement. Celle dont nous allons parler est basée sur la relation entre l'individu et l'aménagement de son intérieur, en proposant de le considérer comme reflet de son identité.

 

Nous allons nous intéresser plus particulièrement aux travaux de Monique Eleb- Vidal dont elle fait référence dans son article "Le logement et la construction de l'identité". Cet article résume un chapitre de sa thèse de doctorat (1980) "Se construire et habiter. Proposition d'analyse psychosociale clinique". L'hypothèse principale est que l'espace dans lequel on vit est parti prenant dans un processus de construction de son identité. Elle y aborde la notion d'identité de façon à nous éclairer sur l'importance de lieu de vie intime dans la stabilisation de l'identité dans la mesure où il fournit à l'habitant des repères stables. Son terrain de recherche a été une tour d'un grand ensemble de la région parisienne et les plans des logements étudiés étaient organisés à l'identique, à quelques détails près... Elle y a questionné tous les habitants issus de la classe moyenne selon les critères de l'INSEE.

 

Les résultats de sa recherche ont abouti à la déduction de plusieurs points qui permettent de nous éclairer sur les relations existantes entre le logement et la construction identitaire. Elle a observé, dans un premier temps, une "mise en adéquation" de l'identité et du logement, elle analyse cette activité d'aménagement comme un travail de définition de soi­même, la quête d'un sens et d'une identité. "Le travail de stabilisation de sa propre identité peut aussi se faire dans une situation où ce n'est plus le sujet seulement qui cherche à s'unifier ce travail lui devient nécessaire car il se sent dévalorisé par les autres, de n'être pas défini àleurs yeux". D'autre part, le logement est, outre une protection contre l'extérieur, un lieu qui réconforte par sa permanence et la possibilité de s'y reconnaître. Par ailleurs, l'auteur a repéré chez certaine personne un apragmatisme lié à l'aménagement ou à la transformation du logement, il semble que cet apragmatisme soit lié à des interrogations relatives à leur propre identité. C'est probablement un processus défensif qui est mis en place pour éviter de voir en lui- même la source de ses difficultés. Eleb- Vidal constate également que le logement, permanent et changeant en même temps, permet aux individus de "devenir". Ce qui signifie que l'individu et son logement ont en commun d'être liés au temps, et de ce fait, crée un processus d'enracinement. "Au travers des changements de la personne et du logement, l'attachement naît". Elle conclu dans cet article que, "les relations au lieu de vie se rapportent, en premier lieu, au problème de l'adaptation du sujet à son entourage", et insiste également sur la nécessité d'une activité créatrice dans le logement.

 

La méthode d'analyse utilisée pour cette étude est très intéressante, puisqu'elle inclue simultanément une dimension psychologique, sociologique, et adopte une conduite "clinique" des entretiens. Par ailleurs, l'auteur a pu constater grâce à cette méthode d'analyse, que les habitants remettaient en jeu leur histoire individuelle en même temps qu'ils transformaient ou aménageaient leur logement.

 

Ce point sur les recherches en psychologie sociale et en psychopathologie nous donne une idée de la difficulté que peut représenter une recherche sur "l'impact du voisinage sur la santé mentale". Il y a en effet plusieurs facteurs concomitants, et toute la difficulté est de trouver des liens entre les problèmes sociaux et environnementaux, les processus identitaires et la relation que l'individu peut entretenir avec son voisinage.

 

II.               Méthodologie de la recherche.

 

 

Dans un premier temps, nous décrirons l'objectif de cette recherche, ses hypothèses, la répartition de l'échantillon, ainsi que les outils utilisés et leur utilité. Puis dans un second temps, nous décrirons les résultats bruts de chaque questionnaire et les analyserons.

 

A.     Objectif et hypothèse de la recherche.

 

 

L'objectif de cette recherche est de comprendre les liens pouvant unir le logement, les relations de voisinage et la santé mentale.

 

On sait maintenant que le logement permet à l'individu de se positionner comme différent des autres en utilisant cet espace intime comme barrière entre lui et autrui. Cette frontière est importante aussi bien dans les relations interpersonnelles qu'au sein de la famille même. L'intimité est également un facteur essentiel de la mentalisation de son intériorité et donc, préserver son intimité c'est garantir son intégrité psychique et corporelle. On peut dire qu'elle a un rôle d'enveloppe protectrice.

 

Si nous prenons l'exemple d'un individu confronté à des problèmes de voisinage (problèmes relationnels, bruits domestiques), on va alors supposer que son intimité va être affectée de cette présence quotidienne et pourra avoir une incidence sur sa santé mentale (anxiété, dépression, insomnie, dysfonctionnement social).

Ce type de situation nous conduit à émettre l'hypothèse suivante : lorsque les relations avec le voisinage sont conflictuelles, qu'elles soient latentes ou patentes, on observe un impact sur la santé mentale de l'individu (stress, dépression).

 

B.     Outils utilisés.

 

 

Le questionnaire (voir annexe 1) de cette étude a été élaboré pour cette recherche, il est constitué de 88 items. La première partie renseigne sur l'identité du sujet et ses relations avec son voisinage. Tandis que la deuxième partie est consacrée à l'évaluation de la santé mentale du sujet.

 

1.      Le questionnaire général de santé (GHn- 28).

 

 

La partie du questionnaire relatif à la santé mentale est un autoquestionnaire qui explore l'état du sujet au cours des dernières semaines et qui permet de dépister divers troubles psychiatriques non psychotiques dans la population générale. La version présentée est le GHQ- 28 (Général Health Questionnaire) traduite par W. Bettschart et M. Bolognini et révisée par P. Pariente, J.D. Guelfi et M. Smith, dans sa version à 28 items. Le GHQ- 28 est une version simplifiée de la première version (GHQ- 60) qui conserve les propriétés psychométriques de la version initiale. Il couvre quatre domaines : plaintes somatiques (ou "somatisation"), anxiété et insomnie, dysfonctionnement social, et dépressivité. Le GHQ est considéré comme un instrument de dépistage des sujets atteints de troubles psychopathologiques. Il est simple à pratiquer et a une bonne sensibilité (fidélité test- retest 0,90 ; consistance interne : 0,90 ; sensibilité : 94 % ; spécificité pour le dépistage : 73 %).

 

2.      Décomposition du questionnaire.

 

 

Dans notre recherche, les 88 items ont été répartis selon cinq catégories

 

L'intimité (13 items, questions 1.4 à 1.17) : Cette catégorie rend compte du degré d'intimité de la personne. L'intimité est relative à soi- même et aux autres, dans le logement et en dehors du logement. Plus le score est élevé et plus l'intimité est forte. Exemples de questions : « Pouvoir m'isoler de temps en temps est pour moi... > , « Une des premières choses à faire lorsque l'on s'installe, c'est de poser les rideaux > . Cet item renvoi à la notion du chez- soi, c'est- à- dire la conscience d'habiter en intimité avec soi­même, le lieu de la conscience de soi. Le degré d'intimité représente la capacité du sujet à maintenir une frontière entre soi et l'autre. Cet item est donc révélateur de la capacité du sujet à maintenir un lieu enveloppant et protecteur, qui de plus le différencie des autres. À un niveau identitaire, on peut rapprocher l'intimité du concept d'individuation, c'est- à- dire la frontière et la stabilité. Nous avons inclus dans cette partie du questionnaire des items qui sont relatifs à la stabilité (3 items, questions 1.1 à 1.3). Par exemple : « Depuis combien de temps habitez- vous votre logement ? > . La stabilité est en réalité la durée qui permet d'être soi et qui permet de maintenir durablement ces frontières, d'où l'importance d'inclure cette partie dans celle de l'intimité.

 

L'autonomie (5 items, questions 1.17 à 1.21) : elle correspond à la personnalisation. « Le degré de personnalisation serait un indice de la liberté et de contrôle sur un lieu : plus l'espace est personnalisé, plus la marge d'autonomie est grande > Millet (1983). Exemples de questions : « Je n'aimerais pas habiter dans une rue où toutes les maisons sont identiques > , « Je n'aimerais pas habiter un logement meublé et décoré par d'autres ». Cet item renvoi au concept de séparation- individuation, c'est en fait la capacité du sujet à être différent des autres. Nous avons également ajouté dans cette partie, des questions relatives à l'appropriation (4 items, questions 1.22 à 1.25) : celle- ci suppose qu'un espace ne soit pas défini de façon absolue, et garantie l'autonomie de l'individu.

 

Le bon rapport de voisinage (10 items, questions 1.26 à 1.35) : cette catégorie tente de repérer quels sont les comportements de l'individu qui sont en faveur d'un bon rapport de voisinage. Plus le score est élevé et plus l'individu cherche à connaître son voisinage ou bien souhaiterait faire partie d'un projet de quartier. Exemples de questions : « Je ressens le besoin de connaître mes voisins » , « Je participe aux projets susceptibles de modifier mon quartier », « J'aime croiser mes voisins et discuter avec eux ».

 

Les problèmes de voisinage (11 items, questions ILI à 11.11) : cette partie met en évidence le type de rapports qu'entretien l'individu avec son voisinage. Plus le score est élevé et plus la personne rencontre des difficultés. Exemples de questions : « Vous est- il déjà arrivé de mal vivre des problèmes de voisinage », « Ces problèmes vous ont- ils amené à déménager ? », « Vous sentez- vous observés par votre voisinage ? ». Cet item est suivi du questionnaire relatif à la santé mentale lorsque l'individu a estimé avoir rencontré des difficultés avec son voisinage.

Le questionnaire général de santé (28 items) : Ce questionnaire est composé de quatre sous- parties qui sont représentatives des plaintes somatiques, de l'anxiété et de l'insomnie, du dysfonctionnement social, et de la dépressivité qu'éprouve l'individu au cours des dernières semaines. Plus le score global est élevé et plus la détresse psychosociale ressentie par l'individu est intense. Il en est de même pour le résultat des quatre sous- parties.

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3.      La cotation.

 

 

a)    Première- partie du questionnaire

 

 

Dans la première partie du questionnaire, toutes les questions possèdent au plus deux réponses. La cotation s'en trouve simplifiée et chaque réponse est cotée 0 ou 1. Prenons l'exemple suivant : « Pouvoir m'isoler de temps en temps est pour moi : très important (1 point) / parfaitement inutile (0 point) ». La valeur attribuée à chacune de ces réponses est fonction du type de question posée pour chaque sous- catégorie. Si nous utilisons l'exemple ci­dessus (item de la partie « intimité »), la question que l'on se pose est « Est- ce que la personne a besoin d'être en intimité avec elle- même ? » . Si tel est le cas, alors c'est qu'il est important pour lui de s'isoler de temps en temps et nous coterons la réponse (1). La somme totale de cette sous- catégorie nous indique le degré d'intimité de l'individu.

 

Nous avons également calculé pour chaque sous- catégorie (intimité, autonomie, bon rapport de voisinage, problèmes de voisinage) une note moyenne et un écart à la moyenne. Les résultats individuels seront ainsi comparés à la note globale du groupe, ce qui permettra de dégager des différences significatives entre les individus de ce groupe. Cette démarche permet la cohésion interne du questionnaire, mais ne permet pas de généraliser les résultats àl'ensemble de la population. On considère que le seuil (somme de la note moyenne et de la valeur de l'écart à la moyenne) correspond à la note à partir de laquelle on observe un état pathologique de l'individu pour cette sous- catégorie.

 

Tableau 1 : le partie du questionnaire : résultats de l'échantillon par sous catégories.

Note Note  Moyenne de  Écart  Note

maximum  minimum  l'échantillon  moyen  significative

I/ L'intimité 14 5 11 1 12

II/ L'autonomie 7 1 5 1 6

III/ Le bon rapport de voisinage 9 1 5 2  7

IV/ Les problèmes de voisinage 9 2 6 1 7

 

b)    - - Deuxième partie du questionnaire

 

 

Pour ce qui est du questionnaire général de santé, à chaque question sont associées quatre modalités de réponses (par ex. : pas du tout / pas plus que d'habitude / un peu plus que d'habitude / bien plus que d'habitude) et le système de cotation proposé est le système 0,1,2,3. L'utilisation du GHQ dans cette étude est à la fois centrée sur le score global, reflétant l'intensité de la détresse psychosociale ressentie par un individu, et à la fois sur les quatre sous- parties du questionnaire permettant également le calcul de quatre sous- scores représentatifs du domaine de la santé mentale le plus touché. Les scores les plus élevés correspondent aux sujets les plus pathologiques.

 

Tableau 2 : 2e partie du questionnaire: résultats de l'échantillon pour chaque sous- catégorie.

Note Note  Moyenne de  Écart Note Seuil

maximum  minimum  l'échantillon  moyen  significative 5/6

I/ Somatique 20 1 10 6 16 17

II/ Anxiété et insomnie 21 3 14 5 19 17

III/ Dysfonctionnement social 21 3 10 4 14 17

IV/ Dépressivité 21 0 6 6 12 17

Score Global 75 12 41 17 58 70

Le seuil du GHQ- 28 à partir duquel on peut dépister une pathologie chez un individu est de 70 pour le score global et de 17 pour les sous- échelles. Ce chiffre correspond à 5/6 de 84 points et représente le seuil le plus communément usité par les utilisateurs de ce questionnaire.

 

Dans le cadre de cette étude, nous avons considéré une tranche intermédiaire dans laquelle se trouvent les sujets qui sont dans une difficulté psychologique réelle, mais non dans un < état > de détresse comme ceux ayant un score supérieur à 70. Pour le score global, cette tranche intermédiaire est de 56 points (2 points x 28 questions) à 69 points, et pour les sous­scores, elle se situe entre 14 points (2 points x 7 questions) et 16 points.

 

 

C.    Passation du questionnaire.

 

 

La passation de ce questionnaire s'est effectuée sur Internet. Il a été mis à la disposition des sujets suite à la diffusion d'une petite annonce (annexe 2) sur des forums de discussions de sites de psychologie ou d'associations de défenses contre les nuisances sonores. Un lien les dirigeait ensuite vers le questionnaire, avec la consigne suivante

 

AVERTISSEMENT ET CONSIGNES Merci de lire ATTENTIVEMENT les lignes suivantes

 

 

1) Ce questionnaire rentre dans le cadre dune recherche universitaire (mémoire de maîtrise àl'université René Descartes). Son objectif est de comprendre les liens unissant le logement et e voisinage.

°) Ce questionnaire est ANONYME et sera utilisé exclusivement dans le cadre de cette: recherche. Pour faciliter le traitement des données, il vous sera juste demandé uri pseudonyme. Dans un soucis d'être au plus proche de la réalité, il est souhaitable que vous; répondiez individuellement, à toutes les questions et le plus honnêtement possible. Pourl es raisons évidentes de rigueur méthodologique, les questionnaires incomplets ne seront pas` traités.

s

53°) À chaque question, correspond une réponse sous forme de menu (choix unique)

°) Vous devez avoir plus de 18 ans et habitez votre propre logement.

~5°) Durée approximative du questionnaire: lOmin.

Par avance, merci à tous de votre participation.

C'est grâce à vous et à vos réponses que cette recherche trouvera sa véritable raison d'être,

Pour me contacter:

 

L'intérêt principal d'Internet, dans ce type de recherche, est de toucher un échantillon de personnes très diversifiées (origines géographiques et sociale, âge ou sexe). Plusieurs études ont été menées sur Internet et ont utilisé le questionnaire comme outil de validation de leur recherche. Prenons l'exemple d'une enquête relative à la dépendance liée à l'utilisation d'Internet et qui avait pour objectif d'observer ses conséquences sur la santé mentale. Le questionnaire qui a été utilisé dans cette recherche est le même que celui de notre étude, c'est­à- dire le GHQ 28.

 

 

D.    L'échantillon.

 

 

L'échantillon est constitué de 34 sujets. Ces personnes ont été choisies selon différents critères qui sont : l'âge, avoir plus de 18 ans ; l'habitation : être locataire ou propriétaire de son propre logement, et avoir rempli correctement le questionnaire. Ce tableau représente la répartition de l'échantillon suivant l'âge et le sexe.

Tableau 3 : Répartition de l'échantillon.

Échantillon Tranches d'âge

HOMMES 9 18 - 30 ans

17 6 30 - 50 ans

2 + 50 ans

FEMMES 5 18 - 30 ans

17 11 30 - 50 ans

1 + 50 ans

Total : 34 sujets Age moyen: 36 ans

 

L'échantillon est très homogène au niveau de la répartition des sexes puisque l'on comptabilise 17 femmes pour 17 hommes. La majorité des sujets se trouve dans la tranche d'âges des 30- 50 ans et l'âge moyen de cet échantillon est de 36 ans. Les origines géographiques sont très variées puisque (16) habitent une grande ville, (5) en banlieue, (8) à la campagne et (5) dans une petite ville. 71 % de ces personnes ont fait des études supérieures et 29 % se sont arrêtés au niveau secondaire. 35 % sont célibataires et 65 % vivent en couple. 35 % logent dans une maison et 65 % dans un appartement. Ces statistiques nous montrent un échantillon très diversifié, tant par ses origines géographiques, que son âge ou même le mode d'habitat.

 

E.     Les résultats.

 

 

L'ensemble des sujets de cette étude (voir annexe 3), ont répondu au questionnaire général de santé, ce qui signifie qu'ils ont tous reconnu avoir rencontré des difficultés avec leur voisinage. D'un point de vu statistique, on constate que 88 % des sujets disent avoir mal vécu des problèmes de voisinage dont 73 % en avoir eut leur vie de famille affectée par cet événement. De plus, la moitié d'entre eux ont été conduits à déménager suite à ces problèmes.

 

1.      Questionnaire général de santé : GHQ- 28.

 

 

a)    Le score global.

 

 

Le score global indique l'intensité de la détresse psychosociale du sujet, c'est- à- dire un état général de mauvaise santé, que ce soit physique, social ou psychologique. Dans le cadre de cette étude, nous avons recensé 12 % de l'échantillon au- dessus du seuil de 70 points, ce qui signifie que leurs problèmes de voisinage affectent tous les domaines de leur santé mentale. On peut dire que ces personnes sont dans un < état > de détresse psychosociale intense. On trouve également dans cet échantillon 12 % des sujets qui se situent entre 56 points et 70 points, ils se trouvent aussi dans une situation où leur santé mentale est touchée de façon globale, mais on peut penser que seulement deux ou trois sont partiellement touchés. Quant au reste de l'échantillon, soit 76 % des sujets, ils sont touchés par ces difficultés de voisinage, mais ne ressentent pas de difficultés majeur au niveau de leur santé, ou bien, il s'agit seulement d'un domaine, sur les quatre sous- échelles, touché plus que les autres. Le score élevé obtenu au GHQ- 28 peut révéler des difficultés psychologiques réelles, mais il ne permet en aucun cas d'affirmer un diagnostic précis

 

b)    Les quatre sous- scores.

 

 

Nous allons à présent étudier l'impact des problèmes de voisinage sur la santé mentale en fonction des quatre sous- scores du questionnaire GHQ- 28 qui distinguent les symptômes associés à la dépression, à l'anxiété et l'insomnie, aux dysfonctions sociales et à la somatisation. Si les sujets ont des résultats au- dessus du seuil de 5/6, c'est- à- dire 17 points sur 21 à une des sous- échelles, on considèrera alors que les problèmes de voisinage ont des conséquences psychologiques à moyen terme sur lui. Lorsque ce dernier obtient un score entre 14 (2 points * 7 questions) et 16 points, alors il est dans une situation où l'impact des problèmes de voisinage sur sa santé mentale aura des répercussions négatives sur une des sous- échelles de la santé, sans pour autant être pathologique.

La somatisation, qui est la première sous- échelle calculée par le GHQ- 28, compte 24 % des sujets au- dessus du seuil (17 points). Ce qui signifie que 8 sujets sur 34 ont des difficultés psychologiques dont les symptômes principaux se déclenchent par une somatisation importante. On observe également 15 % des sujets entre 14 et 16 points, ce qui suppose qu'eux aussi manifestent leurs difficultés par de la somatisation. On remarque donc que, pour 39 % des sujets interrogés, les problèmes de voisinage ont un impact sur leur santé mentale qui se manifeste par de la somatisation.

 

Le domaine de l'anxiété et de l'insomnie est celui le plus touché par ces effets de problèmes de voisinage. En effet, on repère dans l'échantillon 44 % des sujets qui manifestent leurs difficultés par des symptômes d'anxiété ou d'insomnie (score> 17) et 9 % dont les scores sont au- dessus de 14 points. Soit au total, 53 % des personnes interrogées qui rencontrent des difficultés psychologiques suite à ces problèmes de voisinage et qui le manifestent par des symptômes d'anxiété ou d'insomnie.

 

Quant aux difficultés relatives aux dysfonctions sociales, 9 % de l'échantillon se situe au- dessus du seuil et 26 % dans la tranche intermédiaire. Ces résultats montrent que les difficultés rencontrées avec le voisinage ont une influence sur le quotidien de ces sujets. Ils sont dans cet échantillon 35 % à être dans la quasi- impossibilité de mener une journée de façon normale, leurs symptômes principaux sont une insatisfaction générale de leurs activités quotidiennes, un sentiment d'inutilité et une importante diminution de leur capacité à prendre des décisions. Il y a un dysfonctionnement global du rôle social chez ces sujets.

 

La dépressivité touche 9 % des sujets à un niveau très élevé et 6 % de façon très forte. C'est la sous- échelle la moins significative de cet échantillon, elle représente 15 % des sujets. Les symptômes les plus représentatifs sont le sentiment que la vie ne vaut pas la peine d'être vécu, l'envie constante de vouloir mettre fin à ses jours, une dévalorisation de soi et un pessimisme sur l'avenir.

 

Les résultats de ces quatre sous- échelles laissent apparaître que les problèmes de voisinage ont un impact certain sur toutes les sphères de la santé mentale des individus. À la suite de ce questionnaire, nous avons pu dégager que les domaines de la santé les plus touchées par ces problèmes sont, l'anxiété et l'insomnie (44 %), suivie de près par celle de la somatisation (39 %), des dysfonctions sociales (35 %) et de la dépressivité (15 %). Toutes ces

sphères peuvent coexister chez un même individu de manière plus ou moins intense.

 

2.      Corrélations avec la première partie du questionnaire.

 

 

Il s'agit à présent de faire un lien entre les résultats du questionnaire général de santé

et les sous- parties relatives à la première partie du questionnaire.

Les événements de vie.

 

Dans un premier temps, nous allons observer s'il existe un lien entre le score obtenu au questionnaire général de santé et les événements de vie qui ont pu avoir lieu au cours des six derniers mois.

 

Tableau 4 : Rapport entre évènements de vie et score moyen au GHQ- 28.

Avez- vous vécu un ou plusieurs évènements % (N = 34) Moyenne des scores

importants ces six derniers mois (décès, séparation, GHQ- 28.

maladie, perte d'emploi) ?

Oui (14) 41 % 47

Non (20) 59 % 34

Les sujets qui ont vécu un ou plusieurs évènements importants ces six derniers mois ont un score moyen au GHQ- 28 supérieur à ceux ayant eu aucun événement majeur dans les mois précédents l'étude.

Perception de leur < état » psychologique général.

Dans un second temps, nous nous attacherons à savoir s'il y a une correspondance entre la perception de leur état psychologique constant et le score au GHQ- 28.

 

Tableau 5 : Lien entre perception de son état psychologique et score moyen au GHQ- 28.

D'une manière générale, vous arrive- t- il d'être triste, % (N = 34) Moyenne des scores

déprimé ou stressé ?  GHQ- 28.

Oui 65 %  44

Non 35 % 29

Les résultats indiquent que les sujets ayant la perception d'être généralement plutôt stressés ou déprimés ont des résultats moyens au GHQ- 28 bien supérieurs à ceux qui se perçoivent plutôt en bonne santé mentale (pas de stress, de dépression ou de tristesse).

 

-        La variable intimité- stabilité.

 

 

Nous allons à présent étudier la variable intimité en fonction du score obtenu au GHQ­28. Le but est de s'interroger sur la place de l'intimité dans les conflits de voisinage et ses conséquences sur la santé mentale.

Tableau 6 : Comparaison entre la variable intimité- stabilité et score moyen au GHQ- 28.

Stabilité et Intimité (Moyenne = 11) % (N = 34) Moyenne des scores

GHQ- 28.

0 point à 11 points 53 %  40

12 points à 16 points 47 % 41

 

Les résultats indiquent une légère tendance des personnes ayant une forte intimité àobtenir un score supérieur au questionnaire général de santé par rapport aux autres sujets.

 

La variable autonomie- appropriation.

 

 

Pour étudier cette variable, il est nécessaire de savoir que les personnes ayant des résultats qui sont au- dessus de la moyenne (plus de 6 points) ont une forte autonomie et une bonne capacité d'appropriation de leur espace. Donc, plus les sujets sont au- dessous de cette moyenne et plus on considérera qu'ils sont dépendants d'autrui et n'auront pas les capacités suffisantes pour s'approprier un espace personnel.

 

 

Tableau 7 : Comparaison entre autonomie- appropriation et score moyen au GHQ- 28.

Autonomie et appropriation (Moyenne = 5) % (N = 34) Moyenne des scores

GHQ- 28.

1 point à 5 points 65 %  41

6 points à 9 points 35 % 38

Les sujets ayant le score moyen au GHQ- 28 le plus fort, sont ceux qui présentent un score à la variable appropriation- autonomie le plus faible. Ce qui signifie que les personnes les moins autonomes ont une santé mentale plus affectée par ces problèmes de voisinage que les autres sujets.

 

Effet de l'âge.

 

Il serait intéressant d'observer s'il existe un effet de l'âge lors de conflits de voisinage sur la santé mentale.

 

Tableau 8