L'aqueduc de la "Reine Pédauque" à Toulouse

Abbé Georges Baccrabère

(mis en ligne avec permission de l’auteur)

Le moyen âge substitue quelquefois, aux dénominations anti­ques, des noms qui séduisent l'imagination. Les monuments romains de la rive gauche de la Garonne à Toulouse, l'aqueduc de Lardenne en particulier fut attribué à un personnage légen­daire : la Reine Pédauque.

On sait traditionnellement que cet aqueduc conduisait les eaux de Lardenne jusqu'en ville, depuis un château situé à la Cépière, probablement par un pont- aqueduc jeté sur le fleuve : le pont de Régine Pédauque (pour situer cette conduite voir fig. 1, Trajet de l'aqueduc de la Reine Pédauque (ensemble).

Figure 1

Le présent exposé essaiera de donner quelques précisions [1] .

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I.                     LES FOUILLES

Au cours d'une récollection à Notre- Dame du Mirail en jan­vier 1963, nous remarquions, dans le jardin, à l'est du château longeant la terrasse du parc, des pans de murs à demi enfouis. Une observation attentive permettait de soupçonner une construc­tion fort ancienne de même nature que les substructions antiques de la chapelle Saint- Roch, ou « banc de Saint- Roc [2] », au quartier Saint- Roch de Toulouse.

Nous entreprenions trois sondages : parcelle 141 sud- ouest et parcelle 141 ouest du plan cadastral et au vivier n° 133 [3] . Nous les étudierons selon l'ordre de découverte.

[fig. 2 : Aqueduc au Mirail (plan d'ensemble)]


A. FOUILLE PARCELLE 141 SUD- OUEST (fig. 2, Aqueduc au Mirail (coupe du canal A).

a) Situation.

Le sondage a été pratiqué à 5 m 50 à l'est du mur de la ter­rasse et à 40 mètres au sud du grand escalier. La conduite se trouve sous une légère couche de terre arable.

b)  Le Canal.

Au cours de la fouille nous avons remarqué la présence de galets et de terre graveleuse.

Aqueduc du Mirail, photo extraite de l'article de Georges Baccrabère : "Habitat, alimentation et évacuation des eaux à Toulouse dans l'antiquité", Académie des inscriptions et belles lettres de Toulouse, communication du 28 Juin 1984 à l'Institut Catholique, volume 146, Tome V, 1984, p.135

 

La cuvette, en forme d'un fer en U présente un radier par­faitement horizontal orienté sud- nord (25° environ) (fig. 3, pl. II). La conduite, coulée en deux phases [4] , repose sur une semelle de béton d'une épaisseur moyenne de 0 m 30 et mesure 0 m 65 de large. Elle supporte des parois verticales en mortier, d'une pro­fondeur de 0 m 35. Leur épaisseur varie de quelques centimètres du côté droit (pente) : 0 m 42, tandis que vers la terrasse nous avons seulement 0 m 38. En d'autres points, au vivier en particulier, l'aqueduc présente le même défaut.

Au sud, la rigole d'eau contourne vers le sud- ouest, les piedroits se trouvent légèrement renforcés : 0 m 40 pour le côté gauche et 0 m 45 pour la partie du côté du tournant.

Ces anomalies s'expliquent facilement : le poids énorme de cette masse pouvait de temps à autre faire céder les coffrages, d'autant que le terrain est de nature graveleuse.

A l'extérieur, la conduite mesure 0 m 75 de profondeur et la largeur totale est de 1 m 45 de moyenne. L'ensemble repose sur une rangée de galets roulés de 0 m 08 à 0 m 10, posés légèrement debout. Cette sorte de drain se trouve noyé dans le mortier [5] (fis. 4, pl. II). Une tranchée contient l'ouvrage où l'on rencontre par endroits à la base une couche de marne de couleur jaunâtre.

Mentionnons enfin que la conduite de captage possède une solidité remarquable conforme aux préceptes de Vitruve « ... exstruaturque structura totum solum quam solidissima [6]  »..

C ) MATÉRIAUX.

Le béton. - Il se présente avec la dureté habituelle des mor­tiers antiques. Un essai de résistance à la compression a été effectué sur un cube de 0 m 10 d'arête, on a obtenu 340 kgs au cm² [7] . Si on compare cette donnée avec d'autres bétons de monuments antiques de la ville, par exemple les piliers des arènes de Purpan, la résistance est bien moindre. Ainsi pour un même cube de 0 m 10 de côté, nous n'obtenons que 113 kgs par cm². L'expérience a été renouvelée pour un autre volume de 0 m 12 d'arête, on a eu 200 kgs au cm². Il convient de remarquer que le premier cube présente des vides importants; l'infiltration de l'eau et l'exposition à l'air ont considérablement diminué sa résistance. Une troisième expérience a été faite sur un mortier des fondations à la sec­tion intérieure n° 35 du rempart de la ville à l'Institut catholique. L'essai a porté sur un cube analogue de 0 m 10 de côté, nous n'avons obtenu que 94 kgs par cm²; dans le cas présent il s'agit d'un blocage de qualité secondaire. Quatrième donnée enfin, les soubassements d'une tour polygonale des mêmes fortifications rue du Rempart­Saint- Étienne (building n ° 26 ) , soit une résistance à la rupture de 198 kgs pour 0 m 11 d'arête. - Mesures prises par Mr Malbosc. - Nous n'avons cependant que des données fragmentaires. Les essais auraient dû être renouvelés pour une étude plus complète, sur une série de plusieurs échantillons d'un même monument. Tou­tefois les résultats n'en sont pas moins instructifs.

Quoiqu'il en soit, au Mirail, nous avons une construction au mortier de chaux d'excellente qualité et nettement plus dosée. Sa mise en oeuvre a été également bien soignée car l'homogénéité se trouve meilleure, on n'observe pas de cavités importantes. La com­pacité est comparable à celle des bétons que l'on réalise actuellement avec des moyens de vibrations ou de pervibrations très poussées. La résistance ressemble aux bétons de ciment moderne de la classe 210/325. D'autre part, avec les chaux actuelles on n'obtient à l'essai de l'écrasement que 30 kgs au cm2 à 7 jours et 60 kgs par cm² au bout de 28 jours.

Alors qu'aux arènes et au rempart nous avons à faire à des galets roulés d'un volume généralement moyen (0 m 10 de côté), à l'aqueduc au contraire, on a un sable très fin, avec un gravier à fragments anguleux concassé; il présente des éléments blancs et gris avec des teintes noires, jaunes et rouges. Il s'agit cependant d'un calcaire relativement tendre. Nous avons remarqué en outre à la surface, des tuileaux de briques de la grosseur d'un oeuf de pigeon, soit 35 environ au m².

Enfin le béton possède une densité de 2,35 soit 2 350 kgs au m3. On devra tenir compte d'un poids au moins égal pour les autres parties de l'aqueduc : les piédroits et la voûte. - Le rempart de l'Institut Catholique a une densité de 2,167 et celui de la rue du Rempart 2,26.

Chape et ciment de tuileau. - La cuvette se trouve recouverte d'une chape variant de 0 m 002 à 0 m 015 et même 0 m 02 de ciment.

Au fond de la cuve on remarque par endroits jusqu'à 0 m 05 de ciment rose et 0 m 02 le long des parois verticales. Les angles ren­trants formés par le radier et les parois des piédroits, se trouvent légèrement arrondis et non avec des bourrelets que l'on observe parfois dans les conduites. Ce ciment de brique se compose prin­cipalement d'un mélange de chaux, de poussière de brique et de tuileau. Son rôle est de prévenir, semble- t- il, les infiltrations.

B. SONDAGE PARCELLE 141 OUEST (fig. 2, Aqueduc au Mirail (vue en plan du canal) (B) .

a) SITUATION.

Nous avons pratiqué la fouille à 34 mètres au nord du grand escalier et la partie médiane du canal se situe à 1 m 40 environ du mur de la terrasse selon une orientation nord- sud. La profondeur moyenne de la conduite est de 0 m 70 du niveau du sol.

b) OBSERVATIONS.

Tout au long du sondage on rencontre de gros galets.

A la surface des deux côtés du canal se trouve une rangée de fragments de briques triangulaires et posés à plat dont l'épaisseur varie de 0 m 035 à 0 m 025 et de 0 m 23 de côté. Sur ces briques repose une rangée de galets roulés noyés dans le mortier et taillés sur la face intérieure. Ils mesurent 0 m 17 à la base sur 0 m 11 de haut et 0 m 13 sur 0 m 09. Ces deux assises chevauchent plus ou moins régulièrement l'une sur l'autre, elles forment un début d'opus mordant dans la masse arrière du mortier et des galets.

La cuvette présente quelques particularités. Tout d'abord à la surface du radier, mentionnons une importante chape relativement bien conservée de mortier de tuileau rouge. Ces débris concassés présentent une taille moyenne de 0 m 02 sur 0 m 01 de côté; les plus importants se situent entre 0 m 04 sur 0 m 025 et 0 m 03 sur 0 m 025 ou 0 m 035 sur 0 m 022. Cependant sur les parois latérales les tuileaux paraissent légèrement plus petits, soit la grosseur d'une noisette [8] .

Le canal possède en outre une forme légèrement évasée. En effet, le radier n'atteint que 0 m 55 de large à la base, tandis qu'à la surface nous avons 0 m 60. Il y a donc un apport considérable de ciment de brique : 0 m 05 sur la rigole d'eau et 0 m 025 en haut de la cuvette. Cette dernière épaisseur se répartit en plusieurs couches; tout d'abord un reste de pellicule d'origine antique de 0 m 002, et deux autres enduits d'une moyenne de 0 m 02 à 0 m 03. Ces derniers ne paraissent pas aussi anciens, les éléments de chaux sont relativement moins blancs. Mentionnons enfin que la couche de ciment de chaux et de brique concassée se trouve parti­culièrement plus épaisse du côté d'une mare située au nord du sondage. Un tel aménagement permettait un écoulement de l'eau du fjord vers le sud. En cet endroit la pente sur le radier se trouve inversée de l'aval à l'amont.

Vers le milieu de la fouille du côté droit et à quelques centi­mètres de la surface de la rigole d'eau, on rencontre un orifice de 0 m 08 environ de diamètre . (et non de 0,50 comme l'indique le croquis). De ce point, comme nous venons de le mentionner il n'y a plus de pente vers l’aval, la cuvette remonte insensible­ment et l'eau ne peut plus s'écouler dans la direction originelle. Il est permis de penser que le canal, avec quelques modifications, fut désaffecté et utilisé par des particuliers à une époque tardive pour les besoins des villas ou des potagers. Ainsi s'explique la pré­sence d'une épaisseur considérable de ciment rose en aval à la surface du radier.

Ne faut- il pas voir dans cet orifice un branchement provenant d'une fraude? En effet, les riverains de l'aqueduc branchaient facile­ment des tuyaux supplémentaires pour s'attribuer plus d'eau que celle à laquelle ils avaient droit. De tels abus étaient fréquents en Gaule [9] .

Face à l'orifice sur le côté gauche et non loin de l'endroit où, en amont, on a rencontré la rangée de briques et de galets, le canal se trouve endommagé sur toute son épaisseur latérale, il est réparé par plusieurs assises de fragments de briques disposés à la hâte. Une brèche permet de constater que la surface extérieure de la paroi se trouve colmatée d'une couche de terre glaise battue, de couleur jaune, de 0 m 45 d'épaisseur à laquelle on a mélangé des éléments de ciment rose. Une rangée de briques placées de champ retient l'ensemble à la base. On relève également plusieurs débris de céramiques antiques disposés dans une sorte de fosse.

C) MATÉRIEL ARCHÉOLOGIQUE.

A mentionner particulièrement 3 fragments de tegulae dont l’une possède un rebord d'une hauteur de 0 m 04 et 0 m 035 d'épais­seur, l'autre 0 m 035 sur 0 m 03; 4 restes d'amphores de 3 types différents reconnus à la couleur de la terre.

Tegula, tegulae (keramos):

Tuile plate à couvrir les toits, faite ordinairement d'argile cuite au four, mais, dans certains bâtiments somptueux, de marbre ou de bronze, et quelquefois dorée (Plaut. Mil. Il, 6, 24 ; Cic. Terent. Ov. Plin. Liv.). Ces tuiles formaient des trapèzes, de manière que le plus petit bout d'une tuile, quand on la plaçait sur le toit, s'adaptât au grand bout de celui qui était en dessous et la recouvrît dans une certaine partie de sa longueur ; elles avaient des bords relevés pour empêcher l'eau de pluie de pénétrer dans les interstices latéraux, pour s'emboîter avec les côtés des tuiles creuses (imbrices), qui étaient placées au-dessus des tegulae, comme le montrent les gravures aux mots imbrex et imbricatus.

Au pluriel, tegulae est souvent pris pour un toit de tuiles ; mais l'expression per tegulas (Terent. Eun. III, 5, 40 ; Cic. Phil. II, 18 ; Aul.-Gell. X, 15, 1), pour indiquer une entrée ou une sortie opérée par le toit, ne signifie pas à travers le toit en déplaçant les tuiles, mais à travers l'espace ouvert qui est au milieu d'un atrium ou d'un péristyle, et que limite le toit de tuile reposant sur la colonnade qui des quatre côtés entoure cet appartement.

Cet encart n’est pas dans le Texte de Georges Baccrabère et a été inséré d’après le Dictionnaire des antiquites romaines et grecques de Anthony Rich (3e ed. 1883)

Il s'agit entre autres d'un fragment de culot et de départs d'anses rouges, l'une ronde, de pâte légèrement jaunâtre (long. 0 m 017) et une seconde de forme plate (0,14 ). 26 débris de céramiques diverses de couleur rouge dont 4 fonds de cruches et de cruchettes (diamètre : 0,126; 0,117; 0,108, 0,99).

d ) CAPTAGE DES SOURCES (fig. 2, Aqueduc au Mirail (cap­tage des sources) (B).

Nous avons pratiqué quelques sondages entre le point de fouille et le grand escalier. Nous nous rendions compte qu'à 10 mètres au nord de ce dernier, l'aqueduc amorce une légère courbe (venter) à gauche, comme s'il voulait pénétrer à l'intérieur de la nappe aqui­fère. En effet, sur une longueur de 18 mètres le canal distant au départ de 6 m 30 de la terrasse se rapproche insensiblement de cette dernière jusqu'à 1 mètre du mur pour amorcer ensuite un second tournant à droite (fig. 5, pl. II). Sur cette longueur nous avons ren­contré 4 sources principales dont 3 distantes de 5 m 50 et 2 mètres. Cette eau s'écoule en direction de la conduite. Celle- ci les capte une première fois le long de la paroi à l'extrados pour les recueillir ensuite au dernier virage au moyen d'un griffon pratiqué dans la maçonnerie du piédroit. Ces sortes de barbacanes peuvent facile­ment s'imaginer, ce sont des boulins formés par trois moellons dont deux sont placés en regard; la troisième pierre forme plafond et repose sur la première moitié des deux autres. Les Romains utilisent sou­vent ce procédé [10] , c'est la technique moderne des murs poreux. Ces griffons se trouvent probablement, comme nous le verrons dans la composition du piédroit, au- dessus de la première rangée de briques [fig. 6, Aqueduc au Mirail (élévation et coupe)]; en effet, le mur se compose à cet endroit de deux rangées de moellons superposés. Une telle disposition du parement permet de pratiquer des ouver­tures le long de la conduite, de recueillir facilement l'eau de la nappe phréatique pour la déverser à l'intérieur de la cuvette.

C. FOUILLE PARCELLE 133.

a)       SITUATION (fig. 2, Aqueduc au Mirail (plan d'ensemble).

Nous avons rencontré la conduite au sud- est du parc, à 12 mètres à l'est dans le prolongement de la berge supérieure du vivier. Le piédroit gauche de l'aqueduc se trouve à 0 m 90 de pro­fondeur et dans un axe est- ouest (300° environ).

b) ÉLÉMENTS DE CONSTRUCTION (fig. 6, Aqueduc au Mirail (élévation et coupe).

Cette fouille est la plus instructive. Nous allons l'étudier de bas en haut : la cuvette, les piédroits, la voûte et nous terminerons par une vue sommaire de la nature du sol.

La cuvette. - Elle se présente de même forme et nature que dans les deux sondages précédents. Elle mesure une moyenne de 0 m 61 de large et 0 m 35 de haut. Cependant son volume intérieur se trouve légèrement modifié par l'épaisseur du ciment de briques de 0 m 06 à la surface du radier. Les tuileaux ont une grosseur moyenne d'un petit pois. On devine en outre par endroits une pelli­cule légèrement plus fine, ce qui suppose un certain lissage soit avec une pelle de bois ou mieux avec une truelle [11] . Aux angles formés par le radier et les côtés latéraux il n'y a pas de bourrelets mais seulement de légers arrondis. Ces mêmes parois portent seu­lement une épaisseur de 0 m 02 d'enduit. Ce dernier recouvre la rangée supérieure de briques qui dépasse à l'intérieur de la cuvette de 0 m 01 formant ainsi une sorte de gouttière. Il semble qu'à l'origine la cuvette seule fut prévue pour l'écoulement de l'eau. Nous allons voir cependant qu'une grande partie du piédroit garde l'empreinte de ce passage.

Les piédroits (fig. 7, pi. II). - Ils sont constitués, au dessus du canal, d'un mur d'une hauteur moyenne de 0 m 46 et d'une épaisseur de 0 m 38. La face intérieure présente un parement d'assises hori­zontales de moellons coupées de rangées de fragments de briques ; le tout est pris dans un blocage de mortier, de galets et de débris calcaires provenant d'éclats de pierre.

Les différentes assises sont liées par de faibles couches de mor­tier de 0 m 005 à 0 m 01 d'épaisseur, cependant on rencontre par suite de retouches, des joints de 0 m 025. Certains de ceux là parais­sent même avoir été lissés au fer.

Figure 6

A la base du piédroit se trouve une rangée de briques d'une profondeur moyenne de 0 m 14 et 0 m 038 d'épaisseur. Au dessus chevauchent deux cordons de moellons taillés et de galets roulés d'une hauteur totale de 0 m 23. Les galets sont toujours travaillés sur la face intérieure et parfois sur les faces latérales, voici quel­ques dimensions : 0 m 16 de base sur 0 m 08 de haut et 0 m 15 de profondeur ou 0 m 11 x  0 m 08 x  0 m 08.

Précisons que les galets se trouvent plus ou moins alternés de moellons de calcaire danien des Petites Pyrénées (région d'Aurignac et sud d'Ausseing). C'est une pierre à graine fins avec remplissage par la silice des petites cavités; cet accident de silification n'existe que dans les roches de ce niveau. Ces moellons présentent une face carrée ou rectangulaire dont la base varie de 0 m 09 à 0 m 27. Certains possèdent une queue d'une moyenne de 0 m 15 à 0 m 20. La proportion des moellons paraît légèrement plus élevée que celle des galets, nous avons relevé 10 moellons pour 7 galets taillés. D'autre part, la présence de ces derniers s'explique en partie par la nécessité des réparations, constatations que nous avons observées par des moellons de remploi. En effet, les deux rangées de pierres situées sur la tranche d'eau, d'une hauteur totale de 0 m 66 du radier, ont plus ou moins disparu, corrodées par dissolution par l'eau. Elles laissent souvent à leur place une cavité ou un reste de colonne présentant des extrémités convexes. L'ensemble donne au mur un aspect curieusement décoratif (fig. 8, pl. III). Le plus souvent cependant le moellon a entièrement disparu et il ne reste de ce dernier que le joint de mortier. On rencontre d’autres exemples de ce phénomène de corrosion, tels des murs romains à Fréjus [12] .

Au- dessus de ces 2 rangées de calcaire se trouve une assise de briques. Celles ci mesurent 0 m 37 de long et 0 m 23 de large. Au dessus encore, une autre rangée de moellons et de galets de 0 m 09 de haut termine les piédroits. Le tout se trouve enfin couvert par une assise de briques qui s'étend sur toute l'épaisseur du mur, soit la longueur de la brique elle même. L'ensemble de la maçonnerie possède une hauteur moyenne de 0 m 46.

En résumé, les piédroits présentent un travail relativement bien soigné. L'emploi de la brique produit un effet décoratif, permet une plus grande stabilité des moellons et favorise une forte adhé­rence du béton. On remarque cependant une certaine économie de matériaux par l'emploi de fragments de briques et de galets taillés. Ces derniers indiquent, pour une grande part, qu'une réparation postérieure a dû être faite à cause des déprédations venant de l'action dissolvante de l'eau.

La voûte (fig. 7, pl. II). - Elle épouse comme les voûtes romaines la forme d'un berceau. Ce demi- cercle possède des assises de briques de 0 m 375 de long, 0 m 23 de large et 0 m 038 d'épaisseur. Nous avons seulement relevé trois rangées du côté du piédroit gauche, les autres ont disparu. Ces briques, disposées dans le. sens de la longueur, sont séparées les unes des autres par des joints d'une moyenne de 0 m 005 à l'intérieur et 0 m 04 à l'extrados. L'épaisseur de la voûte mesure la largeur de la brique. Il reste à l'extérieur au- dessus du mur un espace de 0 m 14 comblé par de la terre. Comme l'aqueduc a une largeur de 0 m 65 au niveau des piédroits, la flèche de la voûte est de 0 m 325. Enfin, la hauteur totale intérieure de l'ensemble donne 1 m 15.

Le sommet du plein- cintre se trouve, à cet endroit, de 0 m 50 à 0 m 80 environ au- dessous du niveau du sol. - La fig. 6 se trouve ici seulement esquissée. - Les Romains veillaient le plus possible à recouvrir leurs aqueducs pour conserver la fraîcheur de l'eau en la préservant du soleil; lui garder cependant sa pureté sans toutefois la priver de l'action de l'air [13] . C'était aussi un excellent moyen d'éviter une contamination et pollution quelconque par les riverains. Il y avait encore des motifs militaires, prévenir une destruction possible en cas de guerre [14] .

Une autre raison semble avoir préoccupé les ingénieurs, cause d'ailleurs que les auteurs indiquent rarement. Il fallait penser aux intempéries, en particulier aux hivers rudes où le froid pénètre dans les conduites et les gèle. - Dans notre Midi, le thermomètre descend durant les grands froids à plusieurs degrés centigrades au- dessous de zéro. - Dans ces conditions on risquait de priver une ville d'eau pendant des semaines et peut- être quelques mois. Nécessité donc d'enfoncer les conduites dans le sol, de les couvrir et de les proté­ger par des parois relativement épaisses. D'autre part, ces précau­tions paraissent d'autant plus nécessaires qu'il s'agit au Mirail d'un aqueduc avec un débit relativement lent, l'eau risquait plus facilement de se congeler.

C) STRATIGRAPHIE DU TERRAIN (fig.6, Aqueduc au Mirail).

Mentionnons en terminant les éléments que nous avons rencon­trés en cours de fouille, de bas en haut. Du radier sur une épaisseur de 0 m 14 nous relevons du sable fin à l'intérieur duquel se trouve une amphorette en position couchée dont il ne reste que la partie inférieure : le culot et un départ de panse. Elle est de couleur rouge, décorée de stries dans le sens de la longueur résultant pro­bablement d'un polissage. La forme paraît se rattacher au type 24 de Dressel. Il semble que nous soyons en présence d'un élément de Haute Époque. Sensiblement au même niveau nous remarquions un reste d'omoplate très fragmentaire de gros bétail.

A la couche supérieure, soit 0 m 25, jusqu'au- dessus des côtés de la cuvette on observe de la terre, du tout venant et des fragments de céramiques du Ive siècle, caractérisés par leurs aspects grossiers, rugueux, à pâte rouge et engobe blanche.

A la hauteur des piédroits, soit 0 m 50, il existe des débris de briques, des racines et de la terre. Enfin, sur 1 mètre jusqu'à la surface du sol, se trouvent princi­palement de la terre graveleuse et des racines d'arbustes.

II.                   DONNÉES HYPSOMÉTRIQUES

A.      PENTE

Nous avons calculé la pente une première fois lors de notre fouille en A parcelle 141, au sud du grand escalier [15] . On obtient très exactement 1/1000°, soit 1 m 00 par kilomètre. La même expé­rience renouvelée quelques temps après au sondage B au nord du grand escalier, a permis de déterminer la différence de niveau sur la surface même des côtés de la cuvette sur une distance de 20 mètres et parvenir au même résultat.

Cette donnée paraît fort intéressante, elle semble démontrer que les ingénieurs ne relèvent pas nécessairement les principales mesu­res au niveau du radier mais bien à des points plus accessibles. En effet, la conduite du Mirail amorce parfois des tournants relative­ment prononcés, or le chorobate mesure environ 20 pieds (5 m 92) [16] , il devient difficilement maniable à un coude, il faut donc faire appel à un certain tour de main propre aux ouvriers niveleurs.

La pente de la conduite 0,001 par mètre est d'un écoulement normal. Les Romains descendent parfois très bas sans tenir tou­jours compte des prescriptions de Pline et de Vitruve (0 m 20 par

Km [17] ).

B.       DÉBIT

La conduite ne contient pas sur les parois intérieures des sédi­ments ou des dépôts calcaires qui permettraient de connaître le niveau de l'écoulement. On constate cependant l'action cariante de l'eau. Des cavités se sont. formées par dissolution des moellons jusqu'à une hauteur de 0 m 66, soit au- dessous de l'avant- dernière arase de briques. Il devient possible de calculer le débit puisqu'on connaît la tranche d'eau, la pente et les dimensions de la cuvette. Ce débit se calcule en appliquant habituellement la formule de Bazin [18]  :

[19]

Nous avons les données suivantes

87 R Vh° . Nous prenons comme coefficient de rugosité 0,46 établi pour les parois en maçonnerie de moellons. La section mouillée est de 0 m² 4154 et le périmètre de 1 m 97. Le rayon moyen sera le rapport : 0,4154 / 1.97 = 0 m 2105. D'autre part, si et  la vitesse moyenne d'écoule­ment sera dans la section considérée :

= 0.625 mètres par seconde ;

donc Q = 0,625 X 0,4151= 0 m² 260, soit 260 litres seconde [20] ou une moyenne de 22 464 m3 par 24 heures.

Il ne s'agit cependant ici que d'une donnée approximative. En effet, nous ne sommes pas certains de la pente constante de l'aque­duc, elle peut varier au cours du trajet. Le coefficient de rugosité se trouve diminué à la cuvette du fait de la présence du ciment de brique, l'eau s'écoule plus vite qu'au niveau des piédroits; mais par contre, la présence d'un dépôt de sable sur le radier ralentit la vitesse d'écoulement. D'autre part, comme nous le verrons plus loin, on est près de 1 km 500 du château d'eau de la Cépière, soit seulement les 3,5/5e du parcours. Sur cette distance le canal capte encore de nombreuses sources non moins importantes. Le débit s'en trouve donc augmenté, ce qui correspond à un chiffre théorique de 32 000 m3 environ. [21]

Quoiqu'il en soit, au Mirail, il s'agit d'un débit légèrement inférieur à la quantité d'eau que doit recevoir la cité antique. A cet endroit la conduite peut néanmoins alimenter à elle seule une ville de 100 000 habitants avec 224 litres 64 par personne [22] , ce qui correspond aujourd'hui au débit des adductions d'eau prévu pour les com­munes rurales. Actuellement un Toulousain ne consomme guère que 250 litres par jour.

Jamais durant le moyen âge et l'époque moderne, la ville ne sera pourvue d'une telle quantité d'eau. Il faudra attendre jusqu'au début du xxe siècle (1910) pour que le débit journalier atteigne 32 500 m3 soit seulement 180 litres par personne pour une popula­tion de 175 000 habitants [23] .

D'autre part, à l'époque gallo- romaine, en tenant compte du chiffre le plus élevé de la population 50 000 habitants, nombre d'ailleurs peu vraisemblable [24] , il y a un minimum de 449 litres par

usager (640 litres pour 32 000 m3), soit plus que la quantité dont dispose actuellement un Parisien (400 litres environ). Cela montre la profusion avec laquelle les Romains utilisent l'eau. A Rome le moindre concessionnaire reçoit une moyenne de 20 à 25 m3 par jour soit environ 3 000 litres par personne. La concession est fonction seule­ment du diamètre du module; l'eau coule sans arrêt jour et nuit, principe de la meilleure salubrité [25] .

C.       ALTITUDE AU MIRAIL

L'altitude de l'aqueduc a été relativement facile à déterminer. Nous sommes partis de la balise 48 placée récemment pour les nivellements en prévision de la zone à urbaniser en priorité (Z. U. P.) . Elle se situe à l'ouest des communs du château. La hauteur est de 152 m 22. De là, avec un niveau à eau nous avons établi la différence entre la borne et le radier de la première fouille; soit un dénivellement de 4 m 59. Le canal se trouve donc à une hauteur de 152 m 22 - 4 m 59 =147 m 63.

D.      ALTITUDE DE LA VILLE ANTIQUE

L'altitude à l'époque romaine est sensiblement en rapport avec l'altitude actuelle. Les points les plus élevés se situent sur la place Esquirol, 145 m 80 et la place Rouaix avec 146 m 02. D'autre part, les auteurs admettent généralement que la cité romaine est entre 3 m 50 et 5 mètres au- dessous du sol actuel [26] , soit une moyenne de 4 mètres [27] . La ville se trouvera donc à la place Rouaix 146 m 02 - 4 mètres =142 m 02 [28] .

Si l'eau de Lardenne parvient dans la cité antique à ce niveau le plus élevé, il est évidemment possible de soutenir qu'elle alimente le reste de la ville [29] .

D'autre part, le château d'eau, comme nous le verrons plus loin, serait situé à 100 mètres environ au nord de la Cépière. Le courant d'eau parcourt approximativement 5 km 500 depuis le Mirail jusqu'à la place Rouaix. Il se déverse au moins dans trois réser­voirs dont les deux derniers sont situés, l'un au nord de la rue des Teinturiers et l'autre vers le centre de la ville. En admettant une pente de 1/1 000 e, nous avons 147 m 63 - 5 m 50 =142 m 13. L'eau arrive donc au niveau antique.

Nous raisonnons en considérant le point le plus élevé de la ville, or, les ingénieurs romains n'hésitent pas à diminuer la pente lorsque cela leur paraît nécessaire. Plusieurs aqueducs de la Gaule possèdent une vitesse inférieure à celui de Lardenne. Sur une distance comme celle de la Cépière au centre de la ville on peut gagner environ 2 mètres. En ce cas, même si en certains points le sol antique ne se trouve pas uniforme et inférieur à 4 mètres [30] , l'eau arrive suffisamment à hauteur utile, au rez- de- chaussée où les Romains possèdent leurs installations sanitaires : latrines, bassins, piscines, salles de bain.

III.                 TRACÉ DE LA CONDUITE DE CAPTAGE

A.      LE MIRAIL (fig. 2, Aqueduc au Mirail (plan d'ensemble).

Nous avons effectué des sondages secondaires à la barre à mine sur les parcelles 133 et 141, ils ont permis de compléter les précé­dentes recherches sur le tracé exact de la canalisation.

Ainsi, si nous partons de la première fouille, parcelle 141 sud­-ouest, et nous nous dirigeons vers le nord, l'aqueduc se localise à 5 m 50 du mur de la terrasse et devient parallèle à ce dernier. A 4 mètres, le canal s'interrompt pour reprendre ensuite sur 9 mètres jusqu'à une fontaine. Nous le trouvons de nouveau pendant 18 mètres au grand escalier, il traverse ce dernier pour ressortir du côté nord. A cet endroit, la conduite amorce deux coudes afin de se rapprocher de la nappe phréatique, traverse la fouille B et se continue le long du mur pour s'enfoncer progressivement dans le sol en direction de la parcelle 139.

Revenons en arrière, repartons du sondage A en direction sud.

L'aqueduc change d'orientation vers l'ouest d'un angle de 150° environ et épouse la forme du mamelon. Ce changement de direction en arrondi ressemble à celui que nous venons de remarquer au nord de l'escalier. Il y a là l'application d'un principe d'hydraulique. Les ingénieurs romains évitent de construire des canaux avec coude prononcé, pour ménager d'une part, les parois de la conduite si la pente est forte et d'autre part, ne pas ralentir le passage de l'eau si le courant est faible. Cependant, l'inconvénient des pentes faibles et des petites vitesses, est d'introduire des dépôts dans la cuvette [31] . A la conduite du Mirail nous avons constaté 0 m 14 de sable.

L'aqueduc se continue sous la terrasse près du second contre­fort, traverse le sud de la parcelle 133 où nous le trouvons à la fouille C, longe la berge nord du vivier à 0 m 10 de fleur d'eau et se dirige vers une source située environ à 80 mètres à l'ouest.

B.       TRAJET AU SUD DU MIRAIL (fig. 1, Trajet de l'aqueduc de la Reine Pédauque ) .

Le canal du Mirail n'est qu'un tronçon d'une importante conduite. Deux documents d'abord nous le prouvent.

Au XVI° siècle, Antoine Noguier la signale sur la métairie Campagne, en Ardenne basse, près de Saint- Simon : « Les frag­ments des arcs voûtés, les cailloux s'entre- joignans et faicts amou­reux au moien de puissants betums ou de mortiers embetumés, les tronçons à demi- air élevés, les morceaux partie élevés ou bien peu sur les champs, partie enterrés au chemin tirant à Champagne et Ardenne, nous peuvent assurer plus grand témoignage [32] ».

Lorsqu'on projeta, en 1677, d'amener l'eau de Lardenne à Tou­louse jusqu'à la place Rouaix, quelques propriétaires dont on devait capter les sources firent opposition. « Les lettres royaux » men­tionnent des sources appartenant à la ville qui se trouvent sur les biens « de Clause, del Miral, de Renery, de Fontaine Lestang, de l'Infirmerie, Campagne, Jean Peyre et Malras, situées en divers endroits, dessoubs un tertre qui sépare l'Ardenne haute d'avec la basse, qui se jettoient dans un très ancien canal faict du temps des Romaine qui paraît encore [33] ... ».

Ces deux témoignages trouvent leur confirmation dans la décou­verte de la conduite à Belle- Fontaine même. En effet, nous l'avons rencontrée par des sondages à la barre à mine à 2 mètres de pro­fondeur selon un axe nord- sud dans les fondations d'une fontaine située au nord des bâtiments actuels, soit environ 150 mètres, à quelques mètres d'un pigeonnier non loin au sud du prolongement du chemin du Général- Decroute. Le canal présente les mêmes caractères de chaux et de gravier concassé que l'on a déjà remar­qués au Mirail.

Récemment, le 1°' juin 1963, les ouvriers de la Société Parisienne d'Industrie Électrique, lors d'une tranchée effectuée pour les conduites d'eau de la Z. U. P., ont mis au jour, à 80 mètres environ au sud- ouest de Clairfont, le canal de l'aqueduc à 1 m 20 de profondeur. Un sondage a permis de constater la couche de ciment de tuileau de 0 m 02 avec des retouches de chaque côté de la conduite. Le radier présentait 0 m 65 de large, soit 0 m 69. sans l'enduit rouge. La rigole se trouvait ici légèrement plus large qu'au Mirail. Les côtés latéraux présentaient une épaisseur équi­valente : 0 m 38.

L'aqueduc traverse donc les propriétés de Belle- Fontaine, Clairfont, Fontaine- Château, Domaine des Fontaines (O.N.I.A.) et Château Reynery. Il contourne légèrement ce dernier au nord pour longer la nappe phréatique et épouser la forme du mamelon, c'est ce que montre l'observation aérienne sur la par­celle 143. On le retrouve à l'ouest, sensiblement aux limites des numéros 125, 127 et 128 de la section A O du plan cadastral. Au printemps la végétation laisse deviner une bande caractéristique [34] .

La présence de la conduite à Belle- Fontaine permet, en outre, d'établir d'autres données sur le prolongement possible du canal vers le sud.

L'altitude moyenne de ce domaine dans l'axe de l'aqueduc est de 152 mètres, le radier se situe aux environs de 152 mètres - 2 mètres =150 mètres. D'autre part, la différence de dénivellement de cette cuvette avec celle du Mirail est de 150 mètres - 147 m 63, soit 2 m 47. L'aqueduc aurait une longueur de 2 470 mètres, ce qui correspond approximativement au trajet hypothétique.

Une autre raison se vérifie par la présence des sources. La quantité d'eau qui sourd actuellement de Belle- Fontaine à la Cépière est de l'ordre de 46 litres seconde [35] . D'autre part, l'aqueduc débite une moyenne de 260 litres. Si nous faisons la différence de ces deux quantités il reste à capter 240 litres, en ce cas il faudrait que la conduite ait une longueur de 18 kilomètres. Un tel parcours ne nous paraît pas possible, en effet, le volume d'eau que nous avons relevé porte seulement sur un débit de sources affleurantes utilisées par les particuliers pour leurs besoins domestiques. Il aurait fallu plutôt étudier la couche aquifère à la surface et établir des sondages sur un périmètre donné; ce travail d'hydrologie reste à faire.

Les Romains sont très habiles en captages. Ils s'ingénient à mettre à profit les conditions naturelles du terrain; le canal s'enfonce par un système d'inflexions à l'intérieur de la nappe phréatique pour recueillir le moindre filet d'eau; tout autant de données qui nous ont échappées.

Au- delà de Belle- Fontaine existent des sources abondantes chez Mme Daydé, 72, chemin de Lestang, dont le débit atteint une moyenne de 4,50 litres seconde et Monlong- Château avec 7,5. Les Gallo- Romains ne pouvaient ne pas connaître ces eaux, puisqu'elles se situent non loin de Belle- Fontaine et le long de la couche aqui­fère. La conduite de captage se prolonge de nouveau jusqu'à Mon­long. D'autre part, ce domaine provient de deux métairies : Malras et Peyre [36] , or « les lettres royaux » mentionnent l'aqueduc sur ces deux propriétés. - - Au début du siècle, l'abbé Aragon l'aurait aperçu dans ces parages [37] . Enfin, le dessin de Dupuis Du Grez montre le départ de la conduite en deçà de la route de Seysses (fig. 9, Pl. III ) [38] .

C.       LA CONDUITE AU NORD DU MIRAIL (fig. 1, ibid.).

Le trajet de l'aqueduc peut également se retrouver dans ce quartier [39] . En effet, « les Lettres royaux », de 1678, parlent encore d'un bien « de Clause » situé non loin du Mirail dont la source déverse ses eaux « dans un... canal faict... des Romains ». Cette fontaine a été identifiée grâce à un ancien plan de la Cépière [40] . Elle se trouve au sud de l'embranchement de la route de Saint- Simon et du chemin du Mirail. En effet, dans la cave du bâtiment des Ouvriers Charcutiers Réunis nous remarquions la présence de deux murs se coupant en équerre orientés nord- sud et est- ouest [41] . Il s'agit là de substructions relativement anciennes, nous serions pro­bablement en présence de restes d'éléments de ladite fontaine.

D'autre part, nous avons observé ces fondations à 2 mètres au- dessous du niveau actuel du sol, soit à une altitude approxi­mative de 146 m 60, ce qui correspond sensiblement à la hauteur du canal à 1 kilomètre environ du Mirail. La conduite antique doit donc se trouver dans le sous-sol de la cour du bâtiment.

Non loin de ce point et au nord du château de la Cépière, soit environ à 100 mètres de ce dernier, à l'est- nord- est d'un vivier, sur un diamètre de 5 mètres dans les broussailles, il se trouve à la surface du sol, une quantité relativement considérable de briques de 0 m 24 de large et 0 m 035 d'épaisseur. Deux sont taillées en biseau, une autre carrée en terre rouge a 0 m 24 de côté et d'une épaisseur analogue aux précédentes; 4 autres fragments présentent une forme arrondie dont l'un parfaitement conservé de 0 m 40 de diamètre et 0 m 052 d'épaisseur, il s'agirait de quelque soubassement de colonne. Nous relevions également une certaine quantité de gros galets roulés. A mentionner surtout, 4 tuiles à rebord dont l'intérieur présente 3 cannelures parallèles sur la pente et des signes en arc de cercle; l'une de ces tuiles possède un rebord de 0 m 048 de haut et 0 m 032 d'épaisseur. Nous serions certainement en pré­sence d'une construction antique dont le façonnage soigné suppose un bâtiment de nature importante. D'autre part, on sait que le castellum se trouve près de la Cépière [42] . Il est donc possible de situer le château d'eau à l'endroit supposé.

Le réservoir recevait- il, en outre au nord, comme le supposent certains auteurs, une seconde conduite de captage provenant de Bourrassol, la propriété « Les Sources » appartenant à M' A. Cas­taigne [43] ?

A 80 mètres environ au sud- est de la villa à la troisième source, aux environs de la cote 145 m 80, existe le reste d'un mur bâti dans un axe nord- sud. Ces substructions se trouvaient à 1 mètre de pro­fondeur lors de leur découverte. Elles sont construites de briques de 0 m 40 de long sur 0 m 27 de large et 0 m 048 d'épaisseur. Les joints de 0 m 02 étaient façonnés de ciment rose. Le long de ce mur l'eau coule en abondance. S'agit- il là d'une conduite de captage ?

                Les hydrauliciens divisent le plateau de Lardenne en Ardenne haute et Ardenne basse, ils précisent que les eaux plus abondantes de celle- là, de Monlong à la Cépière, peuvent parvenir au- delà du Pont- Neuf [44] . De plus, selon un mémoire du xviii ème siècle, les bains de La Régine à Bourrassol sont alimentés par une partie des eaux de la Cépière [45] , cette eau coule donc du sud vers le nord.

Observons encore que l'altimètre compensé (baromètre holosté­rique) indique que les sources de Mr Castaigne sont légèrement plus basses que celles situées sur le domaine de la Cépière.

La présence d'un aqueduc à cet endroit suppose plutôt une pente vers Purpan où les Romains auraient construit un « réservoir en charge » [46] pour alimenter, sans doute, une conduite secondaire et desservir l'habitat en direction des arènes. D'autre part, « Aux Sources », il semble que nous soyons en présence de thermes que le moyen âge a gardés sous le nom de « banhs de da Regina Pedauca [47] ».

Dernière remarque enfin, la nappe phréatique au- dessus de la couche miocène suit deux pentes, d'une part, l'inclinaison trans­versale des terrasses en direction de la Garonne et, d'autre part, la pente longitudinale de la vallée. La couche aquifère se dirige donc en fonction d'une résultante par rapport au fleuve [48] . L'eau sourd environ à 50° sur l'axe de la vallée.

Un aqueduc de captage provenant de l'avenue de Lombez et se dirigeant vers la Cépière, c'est- à- dire dans le sens nord- sud, soit une longueur de 1 kilomètre, doit être admis avec une grande réserve. Rien n'exclut cependant l'existence de tuyaux en terre cuite qui drainent des sources situées près du réservoir [49] . Il ne recevait là qu'une petite quantité d'eau [50] .

Il s'en suit enfin que la Cépière se situe à l'altitude minimum où les Romains captent les eaux pour les amener dans la ville antique.

D.      L'AQUEDUC VERS TOULOUSE (fig. 1, ibid. (Plan Jouvin de Rochefort)

a)       SON ARRIVÉE.

La conduite de captage Monlong - la Cépière, environ 5 kilo­mètres, se déverse dans le castellum. De là, un grand aqueduc collecteur traverse la route de Saint- Simon en décrivant, semble- t- il, une légère courbe [51] , longe la rue de Cugnaux du côté de la rue des Arcs- Saint- Cyprien [52] . Il s'agit d'un ouvrage remarquable; ses piliers, parementés de galets roulés, approximativement au nombre de 517 [53] , sont distants de 4 m 20 [54] sur 1 m 80 [55] de côté et portent l'eau jusqu'au château de Peyrolade. Rue de Cugnaux, 17 de ces massifs étaient encore visibles dans la seconde moitié du XIX° siè­cle; le radier de l'aqueduc aurait dépassé sur ce parcours de 3 à 5 mètres environ le niveau du sol actuel. Au départ de la Cépière, par contre, la conduite était nettement plus basse. Mentionnons aussi que le canal devait être couvert pour les raisons déjà indi­quées.

A l'occasion des travaux de terrassement pour le tout- à- l'égout dans la rue des Teinturiers, M. Pierre Fort a relevé, le 19 mai 1948, les soubassements des piliers en trois points et sur une même ligne en face des portes d'entrées des immeubles n° 18 et 20 et à l'angle de ce dernier bâtiment dans l'alignement du mur de la rue de Bour­gogne (fig. 1, ibid.). La ligne de ces massifs se présente avec un certain angle par rapport à l'axe de la rue [56] , suivant une direction vers l'est, sensiblement tangente à l'ancien mur du réservoir de Peyrolade et l'extrémité est de la- rue du Pont- Vieux; à l'ouest, vers l'entrée de la rue de Cugnaux où Chalande, au début du siècle, a remarqué un soubassement identique.

Remarquons que le parement des piliers de l'aqueduc se trouve nettement différent de la conduite de captage et des soubassements du mur du château de Peyrolade. - Ces derniers, par contre, pré­sentent une certaine analogie avec la conduite du Mirail : assises de moellons (petits cubes de 0 m 10 à 0 m 12 de côté) coupées d'arases de briques [57] . - D'autre part, les substructions de Peyro­lade ressemblent également à l'enceinte nord, est et sud- est des remparts. Les piliers auraient sans doute été remaniés et les retouches du canal du Mirail pourraient en être contemporaines. S'agit- il plus simplement d'un déshabillage de ces massifs?

Quoi qu'il en soit, l'aqueduc de plus de 3 kilomètres devait être un fort bel ouvrage [58] . Le réservoir de Peyrolade situé au sud sur l'école Lespinasse, probablement au nord de la rue des Teinturiers et à l'ouest de la rue du Chairedon, jouait certainement un rôle d'épuration et de décantation [59] . Accessoirement il pouvait alimenter le quartier de Saint- Cyprien [60] . La conduite repartait au sud de la rue du Pont- Vieux, flanquée théoriquement de 90 piliers, traversait le. cours Dillon, la Garonne par le pont de Régine Pédauque pour aboutir à la rue de la Descente- de- l'Ancienne- Halle- su- Poisson. Sur le fleuve, le radier du pont- aqueduc pouvait se trouver à une hauteur de 9 à 11 mètre [61] .

L'aqueduc servait- il en même temps de passage d'une rive à l'autre comme l'ont pensé des historiens [62] ?

L'hypothèse ne paraît pas tout au moins invraisemblable. Des chemins antiques en provenance du sud- ouest en particulier (Pyré­nées : Capvern, Dax, Saint- Bertrand), paraissent se diriger en amont du Pont- Neuf.

D'autre part, il est logique de placer le decumanus major dans la partie médiane de la cité, là où précisément pourraient se situer un ensemble d'édifices publics : théâtre et thermes (rue Peyrolière, place d'Assézat), forum et capitole (place Esquirol), castellum divisorium (place Rouaix) et temple d'Apollon (cathédrale) [63] . Ce complexe sensiblement déterminé selon un axe est- ouest, appelle nécessairement une voie importante, la plus directe de la porte Saint- Étienne au fleuve; elle ne peut se terminer en cul- de- sac à l'ouest. Une telle donnée serait contraire à la conception d'un véri­table urbanisme. - Ce chemin, cependant, serait légèrement obli­que en raison de son ancienneté. Le plan en échiquier antique aurait tenu compte en partie des voies probablement d'origine celtique [64] . La route empruntait les rues des Marchands, de la Trinité pour se diriger, par la suite, vers Croix- Baragnon. –

plan de ville romaine

Le plan de la ville (ici Cenabum, l’actuel Orléans, dont le tracé des rues est figuré en bleu) a été dessiné selon les règles formulées par les "Gromatici veteres" (recueil d'écrivains qui ont traité de l'arpentage) et, en particulier, par l’arpenteur Hyginus.

Le plan était divisé en quatre par le "cardo maximus", nord-sud représentant l'axe du monde, et le "decumanus maximus" suivant la course du Soleil de l'orient à l'occident. La croix formée par l'intersection de ces deux axes principaux était appelée "groma" (ou "gruma") (point rouge sur le plan ci-contre), du nom de l'équerre en forme de croix munie d'un axe et montée sur un piquet que l'on fichait d'abord au centre du terrain. Ensuite la "groma" était déplacée au centre de chaque quart pour le diviser à son tour en sous-multiples, chaque nouveau rectangle ainsi obtenu étant ensuite divisé de nouveau en quatre quartiers.

(C’est de là que vient notre mot « quartier »)

NB Cet encart n’est pas dans l’article original de Georges Baccrabère

D'autre part, nous ne voyons pas la raison de l'arrivée de l'aqueduc par la rue de la Descente- de- l'Ancienne- Halle- au- poisson et la tra­versée du fleuve en biais, pour venir aboutir à la place Rouaix, s'il ne servait pas un chemin. Le trajet le plus court, depuis le château de Peyrolade, serait le franchissement de la Garonne légèrement en amont du pont de Régine Pédauque, par le sud des rues de la Madeleine et du Coq- d'Inde. Cette disposition aurait, en outre, augmenté la force de résistance au courant.

Il semble, au moyen âge, que les limites des capitoulats soient déterminées généralement selon les grandes voies antiques. Ceux de la Daurade et du Pont- Vieux des deux rives de la Garonne auraient approximativement établi leur frontière, suivant l'axe du pont- aqueduc.

Autre remarque, enfin, la proportion de lieux de cultes et d'éta­blissements d'ordres religieux (Daurade et Augustins, Hospitaliers et Carmes) établis à cette époque, sur des axes parallèles au nord et au sud de la rue indiquée, signifierait des zones relativement moins urbanisées [65] dont l'origine pourrait remonter à l'antiquité.

Nous aurions là des artères secondaires. La voie principale se situerait dans l'axe supposé, prolongement du « pont- aqueduc­-passage ».

Si la conduite est dédoublée d'un chemin, comment faut- il se représenter le franchissement de la Garonne? Le rapprochement est facile à faire avec le Pont du Gard, par exemple. Le tablier du pont serait relativement bas, il. porterait une rangée d'arceaux moins larges pour conduire l'eau; l'ensemble reposerait sur une série d'arches formant viaduc.

Le pont du Gard, à 20 km de Nîmes, mesurait 50 km de long. Sa partie préservée est longue de 275 m et haute de 50 m environ.

L'eau coulait dans une canalisation (aqueduc), au sommet, supportée par les trois rangées d'arches.

La partie inférieure permettait aux voyageurs de franchir la vallée (viaduc).

NB Cet encart n’est pas dans l’article original de Georges Baccrabère

Quoiqu'il en soit, les substructions de ce pont seraient d'origine antique. Il se trouve dans le prolongement des piliers de la rue de Cugnaux, des Teinturiers et du Pont- Vieux mentionnés par le plan de Jouvin de Rochefort (fig.1 ibid) [66] . - Du cours Dillon, l'aque­duc aboutit donc à l'extrémité du quai de Tounis et la rue de la Descente- de- l'Ancienne- Halle- au- Poisson. Il déverse ses eaux dans un château destiné à alimenter la cité et vers le centre de la ville antique [67] .

Il ne semble pas cependant que le castellum puisse se situer entre la place du Pont et la rue de l'Écharpe, la rue de Metz et la rue Peyrolière, où existe un théâtre [68] : l'orientation, la nature de certains matériaux, la hauteur et la largeur des gradins [69] …, les égouts [70] laissent deviner un édifice voué au spectacle.

Vers 118 avant notre ère : Installation d’une garnison romaine à poste fixe à Toulouse. Les Romains s'installent dans un castellum. On situe cet endroit généralement vers la place Saint-Michel, non loin de la Garonne. Les Toulousains sont contraints à une forme d'alliance avec Rome.

D’après : http://perso.wanadoo.fr/palladia/chronologie.htm de Lucien SULTRA

NB Cet encart n’est pas dans l’article original de Georges Baccrabère

Il paraît, en outre, difficile selon les lois de l'hydraulique de ne pas admettre l'existence d'un réservoir à l'arrivée de la conduite pour assurer une équitable répartition de la distribution de l'eau. De toute façon, un tel procédé serait contraire aux principes romains.

Nous n'avons pas encore de données archéologiques suffisantes pour déterminer avec certitude l'emplacement de cette citerne; deux hypothèses restent en présence.

On peut essayer de la circonscrire dans un certain périmètre. En effet, le château se localiserait non loin de la dernière arche du Pont- Vieux redécouverte au début du siècle (1914) dans le sous-­sol de la rue de la Descente- de- l'Ancienne- Halle- au- Poisson (fig. 10, pl. III) [71] . L'axe probable de recherches serait sensiblement dans le prolongement de la ligne donnée par l'emplacement de ce massif et l'ancienne pile du pont de Régine Pédauque détruite, en 1949, dans la Garonne (fig. 1, Plan Jouvin..., et fig. 12, pl. III) [72] . Il faudrait peut- être y ajouter l'alignement donné par l'emplacement du château de Peyrolade.

Le réservoir se situerait- il à l'est du théâtre du côté de la place d'Assézat? Il y a là un ensemble : les substructions des maisons Maraval et surtout Toulza, par exemple, seraient indépendantes, semble- t- il, de l'édifice découvert [73] .

Mentionnons encore que la tradition médiévale aurait gardé quelque souvenir d'un castellum. En effet, on rencontre dans les registres des notaires le mot serva accompagné parfois de puteus. Ce terme a un sens. bien déterminé : locus ubi colliguntur et asservantur aquae (Du Cange). Il s'agit d'une citerne sise non loin de l'ancien pont (elle ne doit pas être confondue avec le point situé à la rencontre des rues Coq- d'Inde et des Paradoux où il y avait une autre serva) [74] . L'emploi de ce terme, pendant le xiv° siècle (1387 et 1397), disparaît au xv° après l'incendie de la ville (1463), preuve que le réservoir a dû être enseveli sous les décombres. Par la suite ce lieu devient la place Gautier- d'Aigremont [75] .

castellum divisorium retrouvé à Nîmes,

d’après http://fr.structurae.de/photos/

NB Cet encart n’est pas dans l’article original de Georges Baccrabère

Dernière remarque d'ordre topographique, la plus plausible, celle que nous retiendrons volontiers, il semble logique de placer le castellum divisorium à la place Rouaix, partie la plus élevée de la ville. Nous savons que l'eau de Lardenne parvient au niveau de ce sol antique. Ce point a été souvent considéré, au cours de l'histoire toulousaine, comme un centre de répartition des eaux [76] . D'autre part surtout, les vestiges anciens que l'on y a relevés (fondations de murs, débris de colonnes, fragments de caniveaux et de tuyaux) seraient favorables à un argument non dépourvu totalement de fon­dements [77] .

Situer autant que possible le réservoir au point le glus élevé et en direction du centre de la ville, tenir compte dans le trajet de la conduite du parcours des artères, placer enfin le château aux abords d'une voie publique pour faciliter le tracé des canalisations, paraît conforme à la technique romaine. Des villes de la Gaule telles que ; Arles, Autun, Bordeaux, Bourges, Lutèce, Lyon, Metz, Nîmes [78] ... se seraient inspirées de ce savoir- faire. A Toulouse, le castellum aurait été construit à la lumière de ces principes. En effet, la place Rouaix serait approximativement le centre de l'agglo­mération antique, ce point est le plus élevé, nous le savons; il se trouve d'autre part à un carrefour de voies supposées : le decu­manus maximus et une rue cardinale. II était donc facile de cet endroit d'alimenter en eau, par des conduites souterraines, le nord, l'est et le sud de la ville. Enfin, l'arrivée de l'aqueduc peut facile­ment s'établir depuis la rue de la Descente- de- l'ancienne- Halle- au-

poisson. Le canal aurait longé deux tronçons du decumanus major : les rues des Marchands et de la Trinité, itinéraire qui paraît le plus direct. - Quant au réservoir que nous avons supposé place Gautier- d'Aigremont, il s'agirait simplement d'un château d'eau secondaire destiné à alimenter le théâtre et son quartier. Ces deux types de monuments (réservoir et lieu de spectacle) se trouvent parfois groupés dans l'antiquité en raison, semble- t- il, d'un souci de propreté, l'eau permettait une évacuation facile des ordures.

Les thermes, présumés par Esquié, feraient partie également de ce complexe. D'autre part enfin, la présence d'une citerne impor­tante de décantation à Saint- Cyprien dispensait en ville d'un établissement de grande dimension.

b)       DISTRIBUTION DE L'EAU : HYPOTHÈSES.

Autre problème que nous nous plaisons à mentionner : est- il possible, selon nos connaissances actuelles, de savoir le mode de distribution de l'eau depuis l'aqueduc et le réservoir?

Les auteurs mentionnent deux types d'aqueducs, les uns dont le radier se situe aux environs de 10 mètres au- dessous du sol ac­tuel, tels ceux de la rue des Changes (10 m) retrouvés en 1842 [79] , rue Baronie (9 m 33) en 1850 [80] et rue de la Bourse (10 m 70) en 1869 [81] . Ces cloaques sont parallèles entre eux, distants d'une centaine de mètres et longent les grands axes antique [82] . Ceux de la rue Baronie et de la Bourse ont une direction sud- nord, tandis que celui de la rue des Changes s'écoule en sens inverse du nord au sud [83] .

Une seconde catégorie d'aqueducs dont la disposition paraît parfois différente se trouve seulement à 5 mètres de profondeur, sensiblement au- dessous du niveau du sol de la cité antique, ce qui pourrait correspondre à la hauteur de l'arrivée de l'eau en certains points de la ville. Nous sommes alors comme d'aucuns l'ont pensé (Laupies entre autres au xixe siècle), non en présence d'égouts, mais de véritables conduites distribuant l'eau dans les quartiers où les particuliers viennent s'alimenter à des réservoirs [84] .

Ces fontaines reçoivent, par exemple, les eaux des aqueducs de la rue de la Barutte [85] , de la grande rue Nazareth, des Tour­neurs [86] , des Paradoux [87] et peut- être il faudrait ajouter celui de la rue Ninau [88] .

Ces remarques permettent seulement de résoudre théorique­ment le problème de la distribution de l'eau, mais elles nous laissent en présence de sérieuses difficultés dont voici quelques données :

1° Les adductions au départ des châteaux d'eau se font à l'aide de calices étalonnés [89] où viennent se brancher des tuyaux de plomb ou parfois même des conduites en terre cuite [90] . Ces cana­lisations s'acheminent vers les concessionnaires probablement par de petites galeries souterraines ou des rigoles construites sous la chaussée [91] . Il ne peut donc s'agir d'aqueduc.

2° On ne fait pas mention de ciment de brique sur les parois intérieures des canalisations; or nous savons que les Gallo- Romains soignent particulièrement le radier et ses côtés latéraux.

3° Les aqueducs à 5 mètres de profondeur, en admettant leur origine antique (ce qui n'est pas sans laisser des doutes dans certains cas), seraient plutôt des cloaques des voies cardinales, tel, par exemple, celui de la grande rue Nazareth (16 pieds de profondeur à ce point) semble se continuer par les rues des Tourneurs et Baronie; ou l'égout de la porte Montgaillard se dirigerait vers le centre de la ville [92] , probablement rue Mage, rue Tolosane... Il y a aussi les égouts des decumani minores, la conduite de la Barutte rejoindrait la rue Baronie [93] , celui de la rue du Pont- de- Tounis pourrait être un embranchement du conduit de la rue des Paradoux [94] . - Quelques- uns semblent avoir à leur point de départ un rôle plus particulier d'assainissement : évacuer l'eau des quartiers marécageux, la collecter de certains points de la ville (nord et sud- est) où la nappe phréatique se trouve plus abondante, telle serait la conduite rencontrée dans la grande rue Nazareth, aperçue autrefois avec une certaine quantité d'eau et provenant probablement de la direction de la Sénéchaussée. A une plus grande profondeur, comme nous l'avons dit, on peut men­tionner celle de la rue des Changes.

Autre remarque, les égouts situés au sud de la ville sont géné­ralement moins profonds que ceux identifiés au nord, l'écoulement des eaux devait se faire dans le sens du courant de la Garonne. - Reconnaissons toutefois que dans leur dispersion à travers le sous- sol antique, on devine mal la fonction exacte de certains de ces cloaques. D'autre part, leur présence rue Ninau et en direction du palais du Maréchal [95] supposerait des aménagements au fur et à mesure des besoins. Leur disposition même à différentes pro­fondeurs laisserait entendre parfois des campagnes de construc­tion à plusieurs époques. Quelques autres enfin, pourraient être du moins à leur départ des conduites établies sous des voies d'origine préromaine.

4° Autre difficulté, nous ignorons encore la pente de la plupart de ces égouts. - Il est difficile quelquefois de faire la différence entre les deux types de conduites : canal d'eau potable et cloaque pour évacuation des eaux [96] .

Si ces remarques n'apportent pas de solution, elles paraissent exclure l'hypothèse que les canaux situés à 5 mètres soient des aqueducs.

D'autre part, l'importance des canalisations dans le sous- sol de la ville, soit près d'une vingtaine de points relevés, montre le soin avec lequel les Romains ont drainé les eaux usées; un tel travail fait preuve d'un souci de salubrité et d'un véritable assainisse­ment à l'exemple des besoins de l'urbanisme moderne. Mais l'en­semble de ces données suppose surtout une contrepartie : la variété et l'étendue des conduites d'eau fraîche. Celles- là ne s'expliquent que par celles- ci. Elles prouvent que Toulouse devait être pourvue, à cette période, d'un dense réseau de canaux et de châteaux pour la distribution de l'eau [97] .

E.       LES RIVERAINS DE L'AQUEDUC (fig. 1, Trajet de l'aqueduc de la Reine Pédauque).

Nous avons observé à Monlong- Château, grâce à Mr Raynaud, courant avril 1960, la présence d'une construction d'assez grande importance s'étendant sur quatre parcelles, orientée nord- sud, de 150 à 200 mètres environ à l'est de la conduite supposée et parallèle à cette dernière.

Les pièces 334, 340 et 341 de la section V 3 du plan cadastral ont livré de nombreuses tuiles à rebord, des plaques de revêtement en marbre blanc et gris de Saint- Béat (l'une à 0 m 035 d'épaisseur) ; du béton de chaux et de tuileau concassé formant sol avec la bri­que; des débris de céramiques dont deux anses, l'une ronde (haut. 0 m 017) et l'autre (haut. 0 m 014) du type 36 de Dressel présentant un « bourgeon » à sa partie supérieure. La parcelle 343, située plus au sud, a surtout livré quelques restes de construction.

Au centre de la parcelle 141 de la section A O du plan cadastral du Mirail, à une distance environ de 50 mètres de l'aqueduc, nous avons remarqué à la, surface du sol quelques tuiles à rebord, 7 fragments rouges et grossiers d'amphores ainsi que 2 débris d'anses de type vinaire; il y avait là un habitat. Même observation de tegulae à la surface des parcelles 125 et 128. - Sensiblement plus à l'ouest, Dupuis du Grez mentionne des vestiges de sépultures païennes.

Au château Reynery la pièce 170 nord a livré une pointe de culot d'amphore ainsi que quelques fragments de poterie rouge.

Divers fragments de tuiles à rebord ont apparu au sud et près du vivier du château de la Cépière.

Enfin, au sud de la villa « Les sources », nous avons remarqué une lèvre d'amphore ainsi que 2 tegulae.

Ces quelques observations laissent deviner la présence d'un habitat relativement dense [98] au niveau des deux terrasses inférieu­res du plateau de Lardenne, avec deux centres principaux : le Mirail et Monlong.

L'existence des stations antiques dans cette région contraste avec la plaine en direction de Toulouse où l'on n'a rencontré jusqu'à présent que peu de débris gallo- romains (la Faourette) [99] . La rareté proviendrait, semble- t- il, de cette partie inondable par la Garonne. D'autre part, nous devons reconnaître que le quartier de Lardenne : Monlong- la Cépière, paraît peu peuplé en comparai­son de la densité de l'habitat se situant au nord, en direction de la Garonne (les arènes, Saint- Michel- du- Touch (temple) [100] . Il semble y avoir eu là deux fonctions nettement différentes et parfaite­ment délimitées géographiquement : un ensemble de peuplement avec un rôle de divertissement et de pèlerinage et une zone hydraulique (aqueduc, thermes).

Un sentier antique longerait la conduite de captage au- dessus de la terrasse de Saint- Simon; il facilitait la surveillance de l'aque­duc et la desserte de plusieurs stations, ainsi s'expliquerait aujour­d'hui la présence du chemin de Fontaine- Lestang dans la région sud. Au nord de la Cépière, les anciens plans [101] indiqueraient la voie au bord du plateau, elle devait se prolonger en direction de Saint- Michel- du- Touch.

La présence dé l'aqueduc entraîne pour les riverains des droits et des servitudes dont il est opportun de rappeler quelques dispo­sitions. Frontin énonce d'abord un principe général : les propriétaires ne peuvent « rien placer, construire, enclore, planter, dresser, poser, disposer, labourer, semer » que conformément à la loi [102] .

En effet, on doit faciliter les réparations et protéger les conduites de toute dégradation. La violation d'une zone de 15 pieds par l'implantation de bâtiments ou des plantations d'arbres en particulier, fait l'objet d'une amende pouvant atteindre 10 000 ses­terces [103] .

D'autre part, les propriétaires doivent veiller à la propreté des alentours des conduites d'eau : enlever les arbustes, les ronces, les buissons, les talus, les murs, les haies vives de saules et de roseaux [104] .

Tout riverain qui salit l'eau ou arrose sans autorisation peut perdre la propriété de son terrain [105] et voir même la confiscation de ses esclaves [106] .

²Les constitutions impériales confirment les décisions précéden­tes, surtout à partir de Constantin, en ce qui concerne en particulier les plantations d'arbres (vignes) ou la négligence du nettoyage des canaux) [107] .

Toutefois, les propriétaires étaient dédommagée par des indemnités du fait des expropriations nécessaires, par des exemptions de charges extraordinaires et surtout par la possibilité de puiser l'eau à l'aqueduc sana toutefois recourir aux moyens mécaniques et aux prises dans les conduites [108]

Remarquons enfin que ces dispositions légales sont spécialement destinées à Rome. Il est difficile de savoir dans quelle mesure elles s'appliquèrent dans les villes de la Gaule. Cependant, les cités de province prenaient modèle sur la capitale de l'Empire et s'inspi­raient de ses méthodes. Il est donc permis de penser qu'il y avait à Toulouse une similitude dans l'ensemble des prescriptions et des

sanctions pénales.

IV. - ESSAI DE DATATION :

COMPARAISON AVEC L'APPAREIL DES REMPARTS DE LA VILLE

Au terme de cette description il convient, semble- t- il, de cher­cher à préciser le plus possible la période de construction de la con­duite du Mirail.

L'ensemble des joints de mortier relativement minces et la présence d'arases de briques paraît conférer à l'aqueduc la période du Haut Empire. Mais l'emploi de fragments de briques triangulaires comme assises à l'intérieur des piédroits, ainsi que l'emploi de moellons tantôt carrés, tantôt allongés, en somme un manque de régularité de l'ensemble, supposerait une date posté­rieure. D'autre part, l'utilisation de galets laisse présumer une certaine pénurie de matériaux. Pouvons- nous rapprocher l'aqueduc de l'époque des remparts? Une comparaison avec quelques vestiges

de l'enceinte nous aiderait à mieux déterminer la date de ce monu­ment.

En avril 1963, au n° 26 de la rue du Rempart- Saint- Étienne, Mr Pierre Fort, architecte, nous signale, par l'intermédiaire de Mr le Professeur Labrousse, la présence d'un vestige gallo- romain mis au jour lors d'une fouille pour la construction d'un immeuble.

Cette partie des remparts se trouve être du même type que celles que l'on a mentionné plusieurs fois, par exemple, place du Capitole et, récemment, Lycée Pierre- de- Fermat. - Il s'agit ici d'un soubassement d'une tour creuse de l'enceinte, non en forme de fer à cheval comme nous l'avions pensé au début de la. fouille, mais d'une disposition polygonale assez peu commune. En effet, elle présente à l'extrémité des courtines, soit en dehors de la ville, deux murs parallèles qui se terminent par trois pans coupés. Ils forment entre eux des angles intérieurs de 135°. Toutefois nous n'avons aperçu que deux massifs de ce polygone. Il est permis de sup­poser le troisième par convenance géométrique [109] .

A.