Le hameau de Mingecèbes pleure
Catinou et Jacouti

(extrait de La Dépèche du Midi du 7 Mars 2009, édition Grand Sud, p.8)

Adissiatz !

La disparition de Charles Mouly, le père-créateur des personnages de Catinou et Jacouti attriste toute l’Occitanie.

 

Charles Mouly avait tout juste un quart de siècle d'existence quand, homme de plume et de radio, il fit naître en 1944 " La Catinou ".

Cette femme replète, flanquée de Jacouti un mari fluet, qui, sur les ondes de Radio-Toulouse, puis ensuite dans les colonnes de " La Dépêche du Midi " et sur les scènes du Sud-Ouest, propagea la joie de vivre et la bonne humeur.

Le succès était immense comme le talent du comédien Dominique. À sa mort en 1965, Charles Mouly eut envie de raccrocher mais la chronique continua pour la plus grande joie de milliers de lecteurs de notre quotidien.

Puis vint 1995 et la publication d'un premier recueil des chroniques de Catinou chez Loubatières avec des dessins à la plume un peu dans la veine des personnages de Dubout et signés de Charles Mouly.

C'est à cette époque que tout repartit comme un grand feu qui couve dans une ancienne forge d'un hameau de Saint-Lys: Mingecèbes.

Propriétaire des lieux, Armand Serres fut le forgeron visionnaire de ce lieu. Au début des années cinquante, il affir mait en lisant et en écoutant Catinou: "un jour ou l'autre, Mingecèbes (Mange-oignons) deviendra célèbre ". Il était normal que ce lieu prédestiné vit, en1995, le lancement d'une fête annuelle, délirante, consacrée au petit monde de Charles Mouly. Depuis 14 ans, ce rendez-vous perdure.

C'est Charles Mouly qui initia également le rapprochement des communes de France dotées de noms poétiques : Escanecrabe, Bramevaque, Clochemerle. À ce jour, elles sont une quarantaine à avoir rejoint l'association et à s'inviter mutuellement plusieurs fois par an.

C'était aussi cela Charles Mouly: un homme de cœur qui cultivait avec talent l'art de la convivialité et du partage.

Jean-Pierre François

 

Dès 1995, Charles Mouly fit évoluer, lors d'une fête annuelle, tous ses personnages de chair et d'écriture dans un Petit hameau près de Saint-Lys.

 

Max Dagois 102 ans de comique

Quand il évoque la mémoire de la Catinou, sa voix s'éteint brusquement et se charge d'émotion. Hier, Max Dagois, 102 ans aujourd'hui, n'a pu dissimuler ses larmes, conscient d'être le dernier de cette longue aventure : " C'était en 44,on sortait de l'Occupation. On avait besoin de comiques. C'est Gaston Dominique qui jouait le rôle de Catinou dans la petite troupe du Théâtre d’Oc. C'était un Coluche avant l'heure. Il était habillé en femme avec une perruque et des coussins bien placés pour pousser encore son embonpoint. C’était sympa, simple et populaire.

Les premières années, on adonné trois cents représentations, plus les émissions radiophoniques ". Au côté de la Catinou, il y avait Le Bath, le petit maigre qui jouait Jacouti. il y avait aussi la chanteuse Rolande Plessis, Lucien Geiss dans le rôle du maire de Mingecèbes, Paul Boutet, un comédien qui se complaisait dans les rôles de curé, et Max, alias Pierou, qui jouait le rôle du petit dernier." Et puis un jour, Rolande Plessis a eu un bébé et a quitté la troupe. Elle a été alors remplacée parJackie Ryon, chanteuse d'opérette qui, par la suite, est devenue ma femme.

Et notre fille s'appelle justement Catherine en souvenir de la Catinou. Chanteuse d'opéra à son tour, elle est sur les scènes internationales ".

La boucle est bouclée dans le petit monde des artistes, dans cette République de Mingecèbes plongée aujourd'hui dans le deuil.

 

Bienvenue chez Mouly

C'était un monde d'autrefois, truculent et rural qui parlait le patois - d'autres diront l'occitan. Charles n’a pas cherché bien loin ce décor, ni cette Catinou, sa robe qui coiffait son énorme fessier et sa faconde à nulle autre pareille - ces mémés qui, déjà, depuis belle lurette, aimaient tant la castagne – et tous ces autres personnages, Jacouti, Piroulet, qui semblaient et semblent tellement anachroniques pour quiconque est natif d'au-dessus de la Loire. Charles a tout simplement regardé autour de lui cette terre et ses hommes, leurs humeurs, l'amabilité rugueuse de leurs conversations, ce qui faisait en quelque sorte l'âme de notre Sud-Ouest. C'étaient dans nos villages où pointaient, presqu 'à égale hauteur le clocher et les poteaux de rugby. Avant la mode des "Chtis", Charles avait compris qu’ici même la fraternité n’avait pas besoin de grands mots, encore moins de capitale. Le Petit village de Minjecèbes existe vraiment, c'est la capitale d'une certaine nostalgie, d'un siècle sans doute envolé, mais qui s'est très longtemps exprimé dans les pages de "La Dépêche". Bref, c'était le monde d'ici. Et c'est pourquoi nous avons tant aimé ces dialogues expédiés d'une plume appliquée.

Je revois Charles qui nous livrait sa copie avec une ponctualité très provinciale, c'était alors une manière de politesse, et son sourire, ses éclats de rire, sonnaient comme un témoignage éclatant d'amitié. Adieu Charles. Loin du désordre du monde et de sa folie prétentieuse, ta Catinou a définitivement posé son cabas. Pour peu qu’on y regarde, on y trouvera un précieux trésor. Un trésor d'humanité.

Jean-Claude Souléry

 

500 feuilles de mémoire

S'il est quelqu'un qui depuis dimanche soir partage la douleur de la famille de Charles Mouly, c’est bien Patrick Lasseube. L’ancien maire de Saint-Lys (31), et surtout occitaniste invétéré, fut un sacré complice de Charles Mouly, avec lequel il porta sur les fonts baptismaux en 1995 la première fête au Païs de la Catinou. Il y amoins de deux ans, Patrick était dans son bureau à la mairie de Saint-Lys quand Charles Mouly a débarqué " Il avait sous le bras un énorme paquet. Plus de cinq cents feuilles écrites de sa propre main. Où, de sa belle écriture il racontait toute sa vie, depuis l'âge de 4 ans aux adieux de " La Catinou ". On y retrouve bien sûr Toulouse dans ses aspects économique, social, culturel, toute la ville telle qu'il l'avait connue, vécue et retranscrite tout au long de sa carrière de journaliste.

L’ensemble de ces écrits pourraient bien constituer la matière d'un futur ouvrage autobiographique.

 

7 mars 2009

 

Réactions

Claude Marti, écrivain, chanteur:

En aquel temps de mos detz ans Charles Mouly foguet nostra Universitat Occitana de las quatre sasons, Los Profesors s'apelaban Catinou, Jacouti que vivian a Minjacebos en nos Venian parlan a traves de la radio de Tolosa. Tota la familia recampada escotava, de sabi que dins cada oustal de ma carriera diguns auria pas mancat Io rendetz-vos setmanal que nos balhavan.Tè remercejam totes Carles,e que la terra te siague lauciera ".

Claude Sicre des Fabulous Trobadoors:

Charles Mouly a eu un grand succès populaire, même s'il a été boudé par ceux qui lui ont reproché d'utiliser la graphie française dans sa chronique. Il ne pouvait faire autrement pour la rendre le plus accessible possible, à travers un grand journal comme la Dépêche. Une partie du monde intellectuel occitan le lui a reproché, mais il a su raconter tout un monde qui mourait, un monde de la campagne souvent méprisée.

 

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dernière mise à jour le

8 Mars 2009